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27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 11:23

Causeries politiques du 1 juin 2010 au 2ème Arron-copie-2

Le texte qui suit est un extrait de  LE GABON OU LE MALENTENDU PERMANENT  publié par Paul MBA ABESSOLE le 04 avril 2007.pp 19-25

Dans cet extrait, l’auteur, Président du Rassemblement Pour le Gabon, fait état de ses premiers contacts avec Omar BONGO ONDIMBA en passant par sa rencontre avec le Général Samuel MBAYE qui a été, selon lui, le point de départ du processus de négociation entre le MORENA qu’il animait et le Président de la République.

 

La Conférence Nationale s’est tenue, à Libreville du 23 mars au 19 avril 1990. Elle n’est pas tombée du ciel, comme la pluie. Elle a été préparée d’abord dans l’ombre, du 27 avril 1989 en janvier 1990.

Ma rencontre avec le Général MBAYE, le 27 avril 1989, a été le point de départ du processus de négociation entre le MORENA que j’animais et le Président de la République. Mais j’étais loin de penser que l’engagement de ce processus allait progressivement creuser un fossé entre mes « amis » de Paris et moi. Pour moi, je ne pouvais pas décliner l’offre de dialogue du Président de la République Gabonaise, puisque ma lutte voulait que le régime gabonais prenne en compte toutes les sensibilités politiques du pays. Une occasion m’était donnée d’exprimer celle que j’animais, il fallait en profiter. Voilà pourquoi j’ai décidé d’aller rencontrer le Chef de l’Etat Gabonais, contre la volonté de l’Abbé Joseph MINTSA et d’Adrien NGUEMAH ONDO qui pensaient qu’il n’y avait pas de garanties de sécurité. Moi, j’estimais que continuer « à faire du bruit en France » alors qu’au Gabon on réfléchissait sur l’ouverture démocratique était irresponsable. Et puis, si BONGO voulait me tuer, il n’avait qu’à le faire, mais je ne tenais plus à rester en exil alors que je pouvais m’exprimer librement au Gabon. C’est ainsi que je rédigeai seul le memorandum intitulé « Propositions du MORENA à Monsieur Omar BONGO, Président de la République Gabonaise » daté du 10 mai 1989. Les points que j’y abordais étaient les suivants :

            L’homme

            Le village

            L’agriculture

            La gestion des finances publiques

            Les institutions

            Un Gouvernement efficace

Naturellement, je voyais tout cela dans la perspective de la mise en place d’un système pluraliste. Cependant j’indiquais à ce sujet que le multipartisme ne pouvait être proclamé du jour au lendemain. Il fallait se donner un temps durant lequel on préparerait les esprits à vivre ce pluralisme politique.

Cette préparation consisterait essentiellement à apprendre aux gens à connaître leurs droits et leurs devoirs au sein des associations dont les conditions de création seraient déterminées par une loi analogue à celle de 1901, en France. Je préconisais aussi un Gouvernement de 9 membres qui me semblait pouvoir être plus efficace. Voilà le document qui allait servir de base à mes entretiens avec le Président de la République.

C’est avec ce bagage que je m’envolais de Paris, le 13 mai, pour être à Libreville le 14 au matin. Et, dans la soirée, je fus reçu en audience. Voilà ce que j’avais déclaré à cette occasion :

            « Monsieur le Président de la République,

            Je dois, avant tout, vous dire mes vifs remerciements d’avoir pris l’initiative de nous rencontrer. Cela constitue, je crois, un évènement important dans l’histoire de notre pays. Aujourd’hui, en effet, nous nous acceptons différents et nous pensons que c’est bien ainsi. Tant il est vrai qu’on est plus intelligent quand on réfléchit ensemble plutôt que seul.

            Nos différences, nous ne devons plus chercher à les gommer, à les nier-elles sont notre première richesse- mais plutôt à les transformer en une dynamique pour le développement de notre pays.

            Voilà quelques années que mes amis et moi nous sommes à l’étranger pour expliquer une autre idée du Gabon. Nous n’avons jamais prétendu avoir des recettes pour résoudre toutes nos difficultés politiques, économiques et sociales, mais nous nous sommes battus pour que cette idée ait aussi droit de cité et qu’elle soit versée à notre patrimoine commun.

            Pour ma part, je compte bien que le processus que nous engageons aujourd’hui est irréversible et qu’il générera probablement d’autres idées et ainsi de suite.

            Je vous ai apporté un document-rassurez-vous pas hargneux- où nous avons rassemblé quelques idées, sans prétention d’exhaustivité, pour lancer et maintenir notre dialogue.

            Ce ne sera pas facile au début, certes. On n’efface pas si facilement des années de mots durs et de refus réciproque. Ce qui est important, c’est notre volonté de réussir, de ne plus admettre de nous tourner le dos et de nous regarder comme des constructeurs d’un destin commun.

            C’est à vous que revient tout le mérite de cette rencontre. Elle sera à l’actif de votre page d’histoire. Tout le monde vous en saura gré.

            Avant de terminer, permettez-moi, Monsieur le Président de la République, de remercier ceux qui ont travaillé pour que cette rencontre se fasse dans de bonnes conditions. Je les cite dans l’ordre chronologique :

            Monsieur Bindji, qui a toujours été notre intermédiaire intelligent et actif ;

            Monsieur Ali Ben Bongo, votre haut représentant personnel qui, par son sens politique et son aisance ont su conquérir notre sympathie ;

            Monsieur Samuel Mbaye, qui a fait preuve d’une haute compétence diplomatique : maîtrise de soi, calme mais toujours chaleureux.

            Puisse Dieu et nos ancêtres nous aider à mener à bien l’œuvre que nous commençons aujourd’hui !

 

                                                           Fait à Paris, le 13 mai 1989

                                                               Paul Mba Abessole

A SUIVRE

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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 17:41

 

 Le 18 mai 1989, nous avons eu l’heureuse opportunité d’expliquer au Président de la République les raisons profondes de notre action politique en lui indiquant notamment notre souhait de susciter un large débat national sur la démocratisation du système politique gabonais. Car pour nous, il fallait nous orienter vers la démocratie multipartiste que nous considérons comme échéance incontournable.

Au sortir de cette audience avec le Président BONGO, nous avons constaté une identité de vues avec le Chef de l’Etat sur les principaux aspects de la démocratisation de notre pays.

C’est dans cet esprit qu’à la demande du Président de la République, nous avons accepté de participer à un travail de réflexion avec certains de ses collaborateurs.

Nous avons constaté que depuis cette date, le Président de la République a fait preuve de courage dans le sens de l’évolution de la politique gabonaise vers l’ouverture. En effet, les dernières assises du Comité Central du Parti Démocratique Gabonais constituent, à notre avis, un tournant dans la vie politique contemporaine du Gabon.

Le Mouvement de Redressement National (MORENA) accueille favorablement la création d’une Commission Spéciale pour la Démocratie dans le pays, ce qui témoigne de la volonté du Président BONGO d’amener le peuple gabonais vers une démocratie véritable.

Au vu de cette situation nouvelle,

-         Soucieux de remplir ses engagements devant l’histoire,

-         et conscient de la nécessité pour tous les Gabonais de conjuguer leurs efforts afin de relever les nouveaux défis,

Le MORENA

-         prend acte de cette importante avancée démocratique,

-         souscrit à compter de ce jour à cette politique d’ouverture et de changement,

-         décide d’observer une trêve pour permettre l’aboutissement heureux de ce processus initié par le Président de la République,

-         entend participer dorénavant à la vie politique nationale dans le cadre de la Majorité Présidentielle selon les modalités à fixer par le Président de la République, Chef de l’Etat.

 

 

                                           Fait à Libreville, le 24 janvier 1990

 

                                                       Pour le Comité Directeur

 

                                                          Paul MBA ABESSOLE

 

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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 20:47

Reseau CPM Afrique

 

 

Avant tout, je voudrais apporter une précision. Elle est relative au MO.RE.NA dit de MBA ABESSOLE. Je ne veux pas que cette formation porte mon nom, car je ne suis qu’un passant ; elle doit plutôt s’appeler le MO.RE.NA des Bûcherons.

Quant à mon intervention proprement dite, elle se fera en deux points : la philosophie de cette conférence et les préalables énoncés par la quasi-totalité des associations à caractère politique.

1-    La philosophie de cette conférence

Cette conférence n’est pas une réunion d’affrontement, mais de conciliation, de réconciliation. Nous devons donc éviter d’avoir de nos hommes politiques une vision manichéenne. Il y aurait d’un côté, les bons et de l’autre, les mauvais. Les hommes politiques sont responsables des uns et des autres. Nous sommes tous gabonais à part entière avec les mêmes droits et les mêmes devoirs.

2-    Les préalables

Compte tenu de la philosophie et de l’importance de cette conférence, certains actes doivent être posés à son occasion pour lui donner une crédibilité. La réponse aux préalables posés par la majorité des associations peut se faire sur deux plans.

S’agissant des prisonniers et des exilés politiques, mon expérience de lutte pour les prisonniers politiques depuis 1982 m’a montré que les organisations internationales des Droits de l’Homme les distinguent en deux groupes.

a.     Le délit d’opinion

Le délit d’opinion est une prise de position politique ou religieuse contraire à l’idéologie en place. Seul celui qui tombe sous le coup de ce délit est considéré par l’opinion internationale, comme prisonnier politique au sens strict. Les organisations internationales de la défense des droits de l’homme, comme AMNESTY INTERNATIONAL, exigent des précisions sur ce point avant de s’occuper d’un prisonnier politique. On pose toujours habituellement la question de savoir si le prisonnier n’a pas eu recours à la violence. Je ne sache pas qu’il ait actuellement au Gabon des prisonniers de ce type.

b.     Les putchistes

Les putchistes sont, par définition, ceux qui ont eu recours à la violence. Je m’étonne que personne que personne, dans cette salle, n’ait prononcé les noms de Pierre MAMBOUNDOU ni celui de MIHINDOU mi NZAMBA, ni quelques autres noms des prisonniers de ce type. J’ai pu rencontrer quelques épouses de ces derniers.

Il ne semble pas que les putchistes puissent être considérés comme des prisonniers politiques du fait qu’ils aient voulu utiliser la violence.

c.      Les exilés

Nos exilés sont Max Anicet KOUMBA MBADINGA, Adrien NGUEMA ONDO, M. l’Abbé Joseph MINTSA, Joseph MINKO.

A présent que le régime se libéralise, leur problème reste essentiellement humain. Ils ne peuvent venir que dans la mesure où ils ont les possibilités de vivre normalement. Il ne suffit donc pas de les appeler ici, il faut qu’ils aient encore un emploi sur place au Gabon.

Max Anicet KOUMBA n’a pas de travail à Paris, il n’en aura pas non plus ici. Que peut-il devenir s’il rentrait ?

M. Adrien NGUEMA ONDO a une affaire qui marche ou pas. Il lui est difficile de la laisser tomber du jour au lendemain pour le seul plaisir de revenir dans son pays.

d.     Les associations socio-professinnelles

Je crois qu’à propos de ces associations, il faut d’abord une précision. Elles ne se forment pas autour d’une idée politique mais autour des professions. Elles regroupent des gens de différentes opinions politiques. Théoriquement, on ne peut donc pas leur demander de donner un point de vue politique commun.

Toutefois, compte tenu de la situation exceptionnelle que nous vivons, on peut accorder aux associations socio-professionnelles une voix délibérative, puisque, lors de l’élection du bureau, elles avaient pris part aux délibérations par leur représentant. Cela dit, il ne faut pas considérer ces préalables comme dirimants, c’est-à-dire qu’ils constituent une condition sine qua non de la tenue de la conférence.

Pour s’en sortir, je fais une proposition. Il est tout à fait possible à la conférence de faire des recommandations au Président de la république, notamment en ce qui concerne les putchistes. La conférence peut demander au président de la République de pardonner à ces derniers puisque le pardon est sa « meilleure vengeance ». Ce pardon contribuerait certainement à instaurer la paix dont le pays a besoin pour instaurer la démocratie multipartiste.

                                                      Libreville, le 24 mars 1990

                                                            Paul MBA ABESSOLE

 

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 23:42

 

Ce Congrès est celui du choix de notre candidat aux futures élections présidentielles. Les conditions en sont aujourd’hui réunies. Car nous connaissons maintenant nos alliés et nous pouvons agir en toute quiétude.

Je n’ai pas besoin de vous dire les critères de choix de notre candidat ; nous sommes suffisamment imprégnés de l’idéologie de notre Parti pour savoir comment choisir. Je laisse donc chacun décider en son âme et conscience.

En revanche, je voudrais profiter de cette occasion pour vous présenter une partie des quatre dont se compose notre projet de société. Cette partie est, en effet, celle qui inspire toutes les autres dont vous pouvez prendre connaissance dans les fascicules qui sont en vente.

Il s’agit de l’ambition fondamentale du Rassemblement National des Bûcherons. Je signale toutefois que ce projet, bien qu’inspirateur du programme du candidat, n’en est pas moins différent.

Notre ambition veut faire du Gabon un pays de liberté, un modèle de démocratie et de développement capable de s’imposer comme locomotive de l’Afrique. Nous voulons que le Gabon soit un pays libre et respecté.

Le Gabonais, selon nous, est libre de dire et d’écrire ce qu’il estime juste. Nous dénonçons toute censure imposée de l’extérieur. Certains réclament des lois pour gérer cette liberté. Nous pensons que c’est prématuré. Nous sommes pour que le Gabonais fasse l’expérience d’une liberté totale de dire et d’écrire ce qu’il veut. Avant cette expérience, toute loi ne peut être que répressive. On ne peut ni ne doit légiférer ce qui n’existe pas encore. Nous disons que si loi il doit y avoir, elle doit aller dans le sens non de la limitation, mais de la protection et du développement de la liberté et des libertés.

Certains ont peur qu’on aboutisse à une société permissive. Cette crainte n’a pas de raison d’être, car une société est permissive quand elle accepte tout sans contradiction. Or, ce que nous prônons c’est de laisser la liberté à tous d’apporter des contradictions s’ils le jugent nécessaire. C’est dire qu’on a toujours le droit de réponse si on estime qu’on a été lésé. La vérité ne peut pas s’identifier à un point de vue, mais au lieu de rencontre de plusieurs points de vue. Notre défense de la liberté totale témoigne de notre recherche passionnée de la vérité.

Le Gabonais est aussi libre d’établir des relations avec qui il veut, d’avoir des liens privilégiés avec les pays de son choix. C’est seulement dans un contexte de liberté qu’il pourra avoir un comportement digne à l’intérieur et à l’extérieur de son pays. Ainsi tout le monde le respectera-t-il.

Etre libre, c’est respecter les différences ethniques, religieuses et raciales et y voir une source inépuisable d’enrichissement personnel et collectif.

Nous invitons les Gabonais à se mettre ensemble pour instaurer une société démocratique. De la sorte, ils pourront extirper de leur pays tout arbitraire. Dans ce sens, il faut travailler pour l’avènement d’un Etat de droit au sein duquel tous seront égaux devant la loi. Nous sommes décidés à donner à chaque institution les moyens nécessaires et suffisants pour fonctionner de manière autonome et pour exercer pleinement ses compétences.

Par là, nous voulons faire émerger un modèle de démocratie, la démocratie participative. Cela veut dire qu’à tous les niveaux, depuis les villages jusqu’aux villes et dans tous les rouages de l’Etat la volonté du citoyen s’exprime dans le choix des responsables politiques comme dans le contrôle des décisions qui engagent ses intérêts et son avenir.

La démocratie participative signifie aussi :

-         assainir les mœurs politiques en les désacralisant ;

-         exercer le pouvoir non pas en dominateur, mais en serviteur du Bien Commun ;

-         instaurer la transparence dans la gestion de la chose publique, d’où la nécessité d’un système de contrôle au carré, c’est-à-dire le supérieur a les moyens de vérifier ce que fait l’inférieur et vice versa ;

-         solliciter l’avis des experts nationaux dont la compétence est unanimement reconnue pour les grandes décisions qui engagent l’avenir de la nation ;

-         faire appel à des personnalités indépendantes issues de la société civile.

Nous voulons, en définitive, proposer à toute l’Afrique un modèle de développement adapté aux réalités de notre pays. Nous sommes partisans d’une société d’économie mixte. Nous préconisons, en matière économique, un système libéral, mais un libéralisme à visage humain. Qu’est-ce à dire ?

Cela veut dire que nous avons la ferme volonté de travailler à :

-         satisfaire les besoins essentiels des gabonais, tout en préservant des tensions sociales graves et des déséquilibres profonds ; pour cela, il faut prendre le temps nécessaire à l’acceptation et à l’assimilation des réformes ;

-         laisser une large initiative au secteur privé, grâce à la mise en place d’un cadre concurrentiel équitable ;

-         mettre des garde-fous pour permettre à l’Etat de coordonner la vie économique nationale, pour éviter les abus et les dérapages possibles, pour arbitrer les conflits éventuels et pour renforcer l’économie de marché ;

-         promouvoir un cadre concurrentiel en fixant les règles du jeu économique et social, sans lesquelles il n’y a pas de vraie liberté et de vraie concurrence.

 

Au plan social, nous voulons mettre en place une solidarité nationale par la mise en œuvre d’un système de redistribution en faveur des couches sociales les plus défavorisées.

L’accent sera d’abord mis sur l’éducation et la formation pour permettre à tous les Gabonais d’accéder au savoir et d’avoir une qualification leur permettant de trouver un emploi valorisant. Dans ce sens, nous voulons élaborer un système éducatif qui assurera à tous la gratuité de l’enseignement de base. Des centres de formation pour les handicapés y seront intégrés pour permettre à ces derniers de s’insérer plus facilement dans la vie active.

Nous envisagerons aussi un système de santé dont les soins de base seront également gratuits et une couverture sociale. Une attention particulière sera portée sur la mère et l’enfant dans le cadre d’une politique nataliste destinée à combler le déficit de population auquel est confronté le Gabon.

Au plan culturel, nous visons l’équilibre entre le travail et les loisirs pour rendre la vie agréable et pour réconcilier le Gabonais avec sa culture traditionnelle.

A cet égard, nous voulons nous employer à :

-         revaloriser notre patrimoine perverti et dévoyé par des pratiques aberrantes ;

-         favoriser le brassage des différentes cultures nationales afin qu’elles soient connues par d’autres peuples ;

-         initier l’apprentissage des langues nationales dont on sait qu’elles sont capables de dire scientifiquement notre environnement.

Voilà les idées de fond du changement que nous préconisons. Pour le réaliser, nous avons besoin de toutes les bonnes volontés. Tout le monde peut y apporter sa contribution. Il n’est pas nécessaire d’avoir un diplôme pour participer à cette œuvre exaltante. Il suffit d’être intelligent, et l’intelligence se moque du diplôme. Aucun objectif ne nous est inaccessible. Notre détermination est capable de transformer les utopies en réalité.

Je suis, pour ma part, persuadé que ce que nous avons commencé ensemble, il y a trois ans, va prendre véritablement forme dans quelque temps. Ce congrès Extraordinaire est l’inauguration de bien des choses à venir. Je le déclare ouvert.

 

                                                                             Libreville, le 9 octobre 1993

                                                                                 

                                                                                     Paul MBA  ABESSOLE

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 23:29

 

 

Je ne rêve pas, j’ai bien devant moi des Gabonaises et des Gabonais de différentes opinions politiques réunis pour confronter leurs points de vue, afin d’instaurer un système politique où la majorité se reconnaisse, quelle révolution. Je voudrais rendre hommage, sans les citer, à tous ceux qui, morts ou vivants, ont préparé ce que nous vivons depuis cinq mois. Nous pouvons être fiers de la victoire que nous avons remportée sur nous-mêmes. Nous avons réussi, les uns et les autres, casser les carcans idéologiques dans lesquels nous étions enfermés. Nous nous sommes libérés des dogmes désuets qui étaient plus au service des intérêts particuliers qu’à celui de ceux de la nation. Chacun de nous a marché vers l’autre pour le comprendre dans sa différence. De là sont déjà nées des sympathies, peut-être des amitiés au-delà de toute idéologie. Mais pour aller jusqu’au bout du chemin que nous avons emprunté, le MO.RE.NA. des Bûcherons, dont je suis le leader, estime que la préservation de l’unité nationale sans laquelle il nous est impossible de construire quelque chose de solide et de durable doit être notre souci constant. Cette unité ne nous est pas donnée toute faite. Elle est un choix que nous faisons ensemble dans le respect, bien entendu, des richesses de nos différences. Elle se construit progressivement. Faisons donc le choix de notre unité, qui exige de chacun de nous des efforts sur soi : le dépassement de nos passions, de nos intérêts particuliers, de nos rivalités anachroniques. L’unité nationale gabonaise a comme préalable aujourd’hui le PARDON. Le PARDON est, en effet, pour nous actuellement une nécessité politique. Nous ne pouvons pas faire avancer notre pays si nous ne commençons pas par passer l’éponge sur un certain nombre de choses. Nous avons à nous libérer de la peur, des préjugés, des soupçons, afin de travailler dans la sérénité pour l’avènement d’un multipartisme responsable. Car, la peur provoque l’agressivité et la violence toutes deux dévastatrices des communautés humaines. Nous devons instaurer dans notre pays la NON VIOLENCE qui est l’arme des forts et de ceux qui gagnent. Le MO.RE.NA. des Bûcherons n’a pas d’ennemis mais de simples concurrents politiques. Notre débat se situe résolument au niveau des idées. Nous refusons de nous livrer à des attaques personnelles, à des diffamations. Par contre, nous sommes sans complaisance pour la critique des idées. Nous n’accepterons aucune idée qui ne soit fondée dans les réalités gabonaise. Parce que nous sommes respectueux des libertés, notre devise est « CONVAINCRE ET NON VAINCRE ». Nous avons bien conscience de l’importance de cette conférence et de l’étendue du dialogue qu’elle va instaurer dans le pays. Il est souhaitable que nous dépassions nos vues partisanes afin de voir d’abord ce qui est le meilleur pour notre pays. Le multipartisme nous paraît aujourd’hui comme le système politique le plus à même de nous mener vers le développement au vrai sens du terme. Il ne pourra être efficace que si, ensemble, nous en posions les fondements. Une mobilisation des intelligences est nécessaire à cet effet. Le travail de cette conférence doit être décisif. Le MO.RE.NA. des Bûcherons a lutté pour qu’elle se tienne. Nous avons négocié pour cela avec le Président de la République depuis plusieurs mois. Nous avions cru bon, dans un premier temps, de passer par l’étape d’un Rassemblement pour permettre à toutes les formations politiques de s’enraciner dans le pays. Or, il s’avère que, devant les nouvelles données, ce Rassemblement est caduc. Les choses vont très vite. Quelles nouvelles données ? La conférence a adopté deux groupes de réflexion, l’un pour ceux qui sont pour le Rassemblement, l’autre pour ceux qui y sont opposés. Il y a là une incohérence. Il ne peut y avoir des statuts pour ceux qui sont contre le Rassemblement et des statuts pour ceux qui y sont favorables. On ne peut pas accepter une République à deux vitesses. Si nous avons admis des groupes pour et contre le Rassemblement, nous nous trouvons de facto dans le multipartisme intégral, il faut se le dire clairement. Le refus du RSDG est désormais un combat d’arrière-garde. D’autres perspectives nous sont ouvertes. Dans ce cas, le MO.RE.NA des Bûcherons s’affirme comme un PARTI autonome d’opposition en négociation avec le Président de la République. Dès lors, la conférence doit proposer une Constitution instituant le multipartisme et un code électoral garantissant des élections libres. Mais pour assurer une transition sans heurt, nous proposons un CONSEIL DES SAGES avec un statut juridique pour arbitrer le jeu de notre démocratie. D’ores et déjà, le MO.RE.NA est prêt à aller aux élections législatives dans les meilleurs délais. A propos des élections, nous exigeons la transparence ; on doit établir le patrimoine de toute personne candidate à un poste politique et cela, avant et après. Nous estimons que le multipartisme intégral est là : le PDG, le Front et le MO.RE.NA des Bûcherons qui a pris ses responsabilités. Nous présenterons notre programme au pays, le moment venu. Mais, en avant-goût, nous vous disons que notre bataille sera :

 

- ECONOMIQUE. Nous revendiquons une gestion financière rigoureuse, une exploitation rationnelle des richesses de notre pays, une infrastructure routière digne de ce nom, une agriculture performante.

 

Cette bataille est aussi :

 

- SOCIALE. Nous voulons la gratuité de l’enseignement, la gratuité des soins médicaux, la baisse des prix à partir d’une nouvelle organisation du système douanier, qui aura, naturellement, des incidences sur les différentes taxes dont tout le monde se plaint. Nous lançons un appel à tous à rejoindre les rangs du MO.RE.NA des Bûcherons pour construire un Gabon nouveau dans la Solidarité, la Concorde, la Liberté.

 

                                                                                                        

                                                                                                     Libreville, le 4 avril 1990

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 23:56

 

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L’un des problèmes auxquels nous devons réfléchir, à l’aube de ce 21ème siècle, est celui de notre unité qui n’est encore qu’un mot sur nos lèvres. Tant il est vrai que nos responsables politiques, depuis l’indépendance, n’ont rien fait de vraiment significatif dans ce sens.

Qu’est-ce que l’unité ?

Elle est la décision d’un groupe d’êtres humains de travailler ensemble pour atteindre des objectifs communs.

C’est une décisionElle implique un choix délibéré. Quand il s’agit d’un groupe, elle signifie la rencontre de plusieurs libertés en dehors de toute contrainte. Nous nous trouvons donc face à un acte hautement rationnel.

d’un groupeun groupe suppose plusieurs éléments qui se choisissent parce qu’ils se connaissent et se reconnaissent à la fois. Ils se connaissent d’abord eux-mêmes. Ils savent qu’ils peuvent entrer en relation avec les autres sans aucun préjudice, que dans cette relation, ils sauvegarderont aisément leur identité. En d’autres termes, ils ont vaincu en eux-mêmes la peur de l’autre. Ils connaissent aussi les autres dans ce qu’ils sont, ce qu’ils ont de commun avec eux et leur différence. Ils prennent le risque d’avancer, de former et de poursuivre des objectifs avec eux.

Un groupe demande un minimum d’organisation. Cela suppose des règles qui gèrent la vie commune, règles auxquelles tous doivent se soumettre. Chacun doit jouer son rôle spécifique en corrélation avec ceux des autres pour maintenir l’harmonie du groupe.

Il ne suffit pas de reconnaître la différence des autres, il faut encore en comprendre la nécessité pour la bonne marche de l’ensemble. Ainsi comprise, la différence n’est plus une gêne, un obstacle, mais un tremplin pour aller plus loin, par conséquent une capacité de progrès, de développement.

de travailler ensemble…

Travailler ensemble veut dire conjuguer des efforts pour produire quelque chose, mettre les intelligences au travail pour organiser la vie du groupe. Cela signifie aussi s’enrichir mutuellement, mettre ses compétences au service des autres.

 

 

pour atteindre des objectifs communs

Les objectifs sont des buts, des cibles que tout groupe réfléchi doit déterminer avec précision. Ainsi les libertés peuvent-elles se motiver. L’intelligence n’admet pas le flou. Elle ne se met en activité que dans la clarté.

Ces objectifs doivent correspondre aux aspirations de chacun. En d’autres termes, chaque élément du groupe doit trouver son intérêt dans les objectifs fixés. On ne doit pas dissocier ce que fait un être humain de l’intérêt qu’il doit en tirer.

Qu’est-ce qui a empêché de construire l’unité nationale ?

C’est d’abord le manque de volonté politique des responsables gabonais. Chacun tenait tellement à sa différence que l’unité n’a pas paru comme une nécessité pour notre progrès. Le thème de l’unité était un argument électoraliste et non pas une volonté politique. L’on peut dire que même aujourd’hui il n’y a pas beaucoup de leaders politiques vraiment désireux de l’unité nationale dans les traits.

C’est ensuite le monopartisme qui est par définition le refus du choix politique libre aux citoyens. Dans ce contexte de contrainte, on ne pouvait avoir confiance en personne. Le parti ne pouvant pas être l’unité politique de base où on discutait en toute confiance avec l’autre, on s’est réfugié dans l’ethnie ou dans la famille. Là, pensait-on, on était à l’abri de toute trahison. Erreur ! c’est peut-être dans l’ethnie et la famille où l’on est le plus gravement exposé à la trahison et au sabotage de son action politique.

C’est aussi les complexes ethniques. En réalité, chaque ethnie se croit supérieure aux autres. Elle a, à cause de sa langue et de sa culture, une vision spécifique du monde. Personne d’autre qu’elle n’a cette vision. Elle la croit meilleure et, de ce fait, a le sentiment d’être supérieure aux autres. Elle a tout à fait raison subjectivement. Il n’est pas bon de lui détruire ce sentiment qui est légitime. Mais nos ethnies, par leurs contacts, doivent s’entraider pour relativiser leur vision du monde et voir enfin qu’elles sont complémentaires. Aucune facette d’un kaléidoscope n’est supérieure à une autre, mais ensemble elles forment une sorte de symphonie.

C’est enfin le refus de la transparence. L’unité nationale est impossible tant qu’on refuse la transparence. On privilégie alors les magouilles, la débrouillardise. On préfère se naviguer dans l’illégalité. […]

Comment construire l’unité nationale ?

En ce qui concerne nos différences ethniques notamment, il faut les étudier très attentivement afin de se rendre compte des lacunes des unes et des autres et mettre ainsi en relief leur complémentarité.

Le pouvoir doit mettre tout en œuvre pour permettre une circulation plus facile à travers le territoire. Des rencontres culturelles, des voyages interprovinciaux sont indispensables pour établir des liens d’amitié entre les membres des différentes ethnies gabonaises. Car lier d’amitié avec un autre différent d’une autre province, d’une autre ethnie, c’est construire la nation et son unité.

Un autre moyen de construire l’unité nationale, c’est aussi instituer un cours d’éducation civique. A l’heure actuelle, au Gabon, les jeunes aussi bien que les adultes ont besoin d’apprendre ce que sont le bien commun, la tolérance, le respect des autres, l’amour de la Patrie, les droits de l’homme, la charte des libertés, etc. Rien de tout cela n’est pris en compte par les gabonais actuellement.

L’unité nationale est une nécessité absolue pour notre pays si on veut qu’il décolle économiquement.

 par  Paul MBA ABESSOLE (08/08/1991)

 

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 23:49

Le texte qui suit est tiré du journal LA CLE, premier bulletin gabonais privé d’information, n°7 du 4 mai 1990. Il s’agit de l’Editorial qui porte la signature de Paul MBA ABESSOLE alors Président du MORENA des Bûcherons

 

 

L’instauration de la démocratie multipartiste chez nous a fait croire que tout le monde pouvait élaborer des théories politiques. Faire la politique, ce n’est pas dire le contraire de son adversaire, c’est d’abord défendre intelligemment son point de vue de telle manière que celui-ci ne soit jamais occulté et qu’il affecte sensiblement la position du concurrent. La politique n’est pas une conversation même houleuse autour d’un verre de bière dans un bistrot, comme d’aucuns se l’imaginent, elle est une science, un art, un jeu sémantique.

C’EST UNE SCIENCE…cela veut dire qu’elle est un système cohérent à l’intérieur duquel on tient tous les savoirs pour une action présente ou future. Elle exige la cohérence ou la corrélation logique des différences. Elle est une somme de savoirs, c’est-à-dire d’expériences conceptualisées.

POUR UNE ACTION PRESENTE OU FUTURE : En politique n’est science que ce qui concourt à l’action. Celle-ci est présente si elle doit, dans l’immédiat, influencer les hommes ou les choses ; future si elle est attente et préparation d’un avenir. Celui qui utilise ce système doit avoir l’intelligence suffisamment dynamique et agile pour cacher ou dévoiler des artifices pour obtenir tel ou tel résultat. Etre politique, c’est savoir inquiéter et rassurer tour à tour et ses adversaires et ses partenaires. Ici le principe de la non violence veut qu’on arrête à temps les artifices pour ne pas plonger les gens dans le délire qui est l’état politique où l’homme n’est plus capable de distinguer les réalités des apparences. L’erreur politique consiste justement à prendre les réalités pour les apparences et vice versa. Voilà pourquoi on dit que la politique est une science des initiés. Elle relève de la liberté de ceux qui la pratiquent. C’est pour cela qu’elle n’est pas exacte. Car les mêmes causes produisent rarement les mêmes effets.

 LA POLITIQUE EST AUSSI UN ART. L’art n’a pas de définition, mais s’il fallait en donner une, on pourrait dire qu’il est l’harmonie d’une multitude de formes. Ce qui plaît aux hommes, ce n’est ni la matière, ni la forme même, mais la manière dont l’objet d’art est organisé en fonction de son environnement. De même ce qui plaît dans une politique ce n’est pas le discours en tant que tel, mais la manière dont son auteur respire entre les mots, la manière dont il est présent à lui-même. Par là, il fait renaître l’espoir et le maintient dynamique.

LA POLITIQUE EST ENFIN UN JEU SEMANTIQUE. Les mots sont polysémiques et élastiques. L’intelligence humaine est capable de jouer avec eux et de leur donner une infinité de sens. Seule l’analyse du contexte peut permettre de les comprendre et de les transformer en principes d’action. Car la politique est action. L’on voit qu’il s’agit là d’un exercice pour les initiés. Il demande de la réflexion. Ce qu’une intelligence cache ne peut être découverte que par une autre intelligence qui cherche. Il est souvent désolant de voir la légèreté des jugements portés sur des décisions mûrement réfléchies. Alors, est-il impossible de comprendre la politique ? Oui, pour ceux qui sont prisonniers des apparences ou pour ceux qui courent après les postes. Ils suivent le vent et oublient que la victoire en politique est le résultat d’une détermination endurante. On ne peut faire la politique valablement que si l’on est libre. Seule une intelligence libre peut comprendre dans l’actualité le message des événements. Quelles sont les conditions pour comprendre la politique au quotidien ? Deux conditions très difficiles parce qu’elles exigent de nous d’être adultes : écouter et lire.

 ECOUTER. Je définissais ce verbe à mes jeunes élèves français autrefois comme suit : « écouter consiste à fermer la bouche, à ouvrir grandement ses oreilles afin d’enregistrer ce qu’on entend ». Combien d’entre nous savent écouter ? Ce que l’on entend, c’est souvent ce qui est secondaire. On passe à côté de l’essentiel et l’on se livre à des commentaires délirants.

LIRE. On ne lit pas ce qui est écrit, mais ce qu’on voudrait que l’auteur ait dit pour s’opposer à lui ou le critiquer. Souvent, on se contente des commentaires au lieu de ce que l’auteur a dit réellement. Immaturité ! Or, pour comprendre la politique et bien la faire, il faut se plier continuellement à ce principe. « Les choses ne sont pas ce que nous voudrions qu’elles soient, elles sont ce qu’elles sont. »

 

 

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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 18:57

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Le texte suivant est tiré de Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée (Paris, UNESCO : Bureau international d’éducation), vol. XXXII, n°3, septembre 2002)

L’auteur de ce texte, M.K. Raina, est professeur. Il dirige, à New Delhi, au Conseil national de la recherche pédagogique et de la formation, le Département des fondements psychosociologiques de l’éducation.

 

SRI AUROBINDO (1872-1950)

 

Explorateur et aventurier de la conscience humaine, visionnaire de l’évolution avait déclaré : « Personne ne peut écrire sur ma vie car elle n’est pas visible de l’extérieur ». Rabindranath Tagore, son compatriote bengali, artiste et poète, et lauréat du prix Nobel, avec lequel il était lié par de profondes affinités, s’était fait l’écho de ces propos en déclarant également qu’on ne devait pas chercher à expliquer le poète par sa biographie. McDermot estimait pour sa part que vouloir interpréter la vie d’une grande personnalité spirituelle est toujours une entreprise dangereuse, a fortiori lorsqu’il s’agit de celle de Sri Aurobindo, laquelle est particulièrement énigmatique.

Né le 15 août 1872 à Calcutta, alors capitale de l’Empire britannique des Indes, Aurobindo Ackroyd Ghose –le deuxième prénom, occidental, lui ayant été donné par son père à sa naissance – était le troisième fils du Dr Krishnadhan Ghose et de Swarnalata Devi. Le titre honorifique « Sri », traditionnellement conféré en signe de respect ou de dévotion, faisait partie de son nom. En sanskrit, le mot « Aurobindo » signifie « lotus ». Le père d’Aurobindo l’avait choisi pour son originalité sans se douter que le lotus est le symbole de la conscience divine dans le langage de l’occultisme.

Aurobindo, qui reçoit les premiers rudiments de son éducation dans une école religieuse pour enfants européens, est emmené en 1879 en Angleterre par son père pour qu’il y poursuive ses études à Manchester. Plus tard, son père l’inscrit à la St Paul’s School à Londres, qui lui octroie une bourse pour le King’s College de Cambridge où il entre en 1889. Aurobindo y obtient presque tous les prix de grec et de latin, ainsi que la première partie du tripos de lettres classiques avec la mention très bien en 1892. La même année, il passe avec succès le concours de recrutement des cadres de l’administration indienne, mais est déclaré inadmissible à la fonction publique pour ne pas s’être présenté à l’épreuve d’équitation.

Il propose une éblouissante interprétation de plusieurs siècles de culture indienne dans son livre Fondements de la culture indienne. Dans Savitri, œuvre épique très élaborée, Aurobindo porte à la perfection tous les styles qu’il a pratiqués dans ses divers travaux. Œuvre de 24000 vers blancs, Savitri passe pour être le plus long poème de langue anglaise. Dans son ouvrage La poésie future, Sri Aurobindo élabore une théorie littéraire qui, pour le concept de la poésie qu’elle propose, est considérée comme une contribution originale à l’esthétique. Ces derniers ouvrages, ainsi que ses traductions, ses Lettres et travaux de moindre ampleur ont été rassemblés et systématiquement publiés après sa disparition, le 5 décembre 1950. Une nouvelle édition de l’ensemble de son œuvre en 30 volumes a paru en 1972, à l’occasion du centenaire de sa naissance. En 1950, peu de temps avant sa mort, l’Académie suédoise envisageait sa nomination au prix Nobel.

Il existe plusieurs approches possibles de l’œuvre de Sri Aurobindo, mais, comme l’a noté Joshi, la lumière qu’elle nous apporte dépend de la profondeur et de l’étendue de la quête de chacun. C’est le questionnement sur le monde et ses perspectives, sur le rôle que nous sommes appelés à y jouer et la manière de s’y préparer, qui nous fera mesurer la pertinence réelle de l’œuvre de Sri Aurobindo et nous dotera des moyens indispensables pour étudier sa pensée et la conscience supramentale qu’il a découverte et révélée au monde.

Les trois questions fondamentales qui ont orienté la quête spirituelle et la pensée philosophique de Sri Aurobindo, et à partir desquelles il a bâti ses grandes théories, sont le paradoxe de la vie nationale de l’Inde, le conflit qui existerait entre la spiritualité et l’action, et l’évolution de l’homme. La façon dont il cherche à résoudre ces problèmes est liée à la tension créative sans précédent qu’il a ressentie, dans sa propre expérience, entre la spiritualité et la politique, tant au cours de ses années d’activité politique que pendant les 40 ans de retraite spirituelle (sadhana) qu’il a passés à Pondichéry. Les écrits d’Aurobindo apportent la force nécessaire à l’action, à la réalisation et à la transformation qui transparaît dans la philosophie qu’il a forgée dans son propre vécu. Il écrit : « je ne me suis senti satisfait qu’une fois l’expérience venue, cette expérience sur laquelle j’ai plus tard fondé ma philosophie ». Sa philosophie intégrale est en effet née de son yoga, et non l’inverse.

Deux expressions, « Perfection intégrale » et « Religion spirituelle de l’humanité », dominent son œuvre et résument son message. Les déclarations qui suivent témoignent admirablement de son appel à l’intégralité et à la synthèse : « Nous, qui appartenons au jour qui vient, sommes à l’aube d’une nouvelle ère de développement qui doit mener à une synthèse si nouvelle et tellement plus vaste. (…) Nous n’appartenons pas aux aurores du passé, mais aux midis de l’avenir ». Sri Aurobindo jugeait que l’éducation avait un rôle essentiel à jouer dans la réalisation de la perfection intégrale.

 

 

L’éducation intégrale pour le développement de l’âme

Poète et homme politique avant d’être philosophe, Sri Aurobindo s’est investi pendant 45 des 78 années de sa vie dans la pratique du yoga, et a conçu une philosophie de l’affirmation complète, affirmant la réalité du monde d’un point de vue suprême et l’importance de l’action sociopolitique du point de vue spirituel. Il était éminemment conscient de l’importance des variantes des concepts d’homme (sa vie et son destin), de nation, d’humanité et de vie de l’espèce humaine, qui ressortent des différentes philosophies de l’éducation, et a développé son principe d’éducation intégrale ancrée dans « l’âme en devenir de l’Inde, ses besoins futurs, la grandeur de son auto-création prochaine, son esprit éternel ». Selon Sri Aurobindo, l’Inde a toujours vu une âme dans l’homme, pris en tant qu’individu, une portion de la Divinité enveloppée dans le mental et le corporel, une manifestation consciente du moi et de l’esprit universels dans la nature. Dans sa philosophie de l’éducation, Sri Aurobindo soutient un principe fondamental, mais souvent méconnu : « la question primordiale et vitale à laquelle nous sommes confrontés est celle de l’esprit. Il ne s’agit pas ici d’une opposition entre la modernité et le passé, mais entre une civilisation importée et les possibilités plus grandes de l’esprit et de la nature de l’Inde, une opposition non pas entre le présent et le passé, mais entre le présent et le futur ». Sri Aurobindo pensait que trois éléments devaient entrer en ligne de compte dans la conception d’une éducation véritable et vivante : l’homme (l’individu à la fois singulier et pareil à tous les autres), la nation ou le peuple, et l’humanité universelle.

Aussi, Sri Aurobindo concevait-il l’éducation comme l’instrument du vrai travail de l’esprit dans le mental et le corps de l’individu et de la nation. Il pensait que l’éducation devait, chez l’individu, faire du développement de l’âme, de ses pouvoirs et de ses possibilités, sa principale préoccupation, et dans la nation, privilégier la préservation, le renforcement et l’enrichissement de l’âme du pays et de sa vertu (Dharma) pour ériger l’individu et la nation en pouvoirs de vie et élever l’esprit et l’âme de l’humanité. A aucun moment, l’éducation ne devrait perdre de vue la plus noble aspiration de l’homme : l’éveil et le développement de son être spirituel, concept sous-jacent à l’éducation intégrale authentique et vivante.

Une éducation intégrale est conçue comme un processus de croissance organique permettant de développer et d’intégrer les différentes facultés de l’enfant selon son inclination, la rapidité de sa progression, les lois du développement qui lui sont propres, ses dispositions naturelles (swabhava) et sa nature profonde (swadharma). Sri Aurobindo ne perçoit pas l’éducation intégrale comme la juxtaposition de disciplines, ni même comme la juxtaposition de différentes facultés. Son idée est de favoriser le développement d’un certain nombre de facultés, de sujets d’étude et de combinaisons dans la quête de la connaissance, des pouvoirs, de l’harmonie et des compétences dans le travail. Ces facultés sont inculquées de manière à ce que chaque élève et chaque enseignant puissent s’en servir pour favoriser naturellement un développement harmonieux.

 

L’importance de l’éducation physique et morale

Cherchant à faire la synthèse des valeurs occidentales et orientales dans la philosophie contemporaine de l’éducation, Sri Aurobindo insiste sur le fait qu’un corps sain est indispensable au développement intellectuel et spirituel de l’individu. Selon lui, l’éducation physique vise non seulement au bon fonctionnement des différents organes du corps, mais également à l’épanouissement de la force, de l’équilibre et d’une certaine beauté. Sri Aurobindo pense que la beauté est l’idéal que l’éducation physique se doit d’atteindre. « Si ce à quoi nous aspirons est une perfection totale de l’être, on ne peut négliger le corps. Il est le matériau de base, l’instrument que nous devons utiliser. […] La perfection du corps, dans la mesure où les moyens dont nous disposons nous permettent de l’atteindre, doit être le but ultime de la culture physique. Aussi le développement de notre conscience physique doit-il toujours constituer une part considérable de notre objectif, ce pour quoi le bon développement du corps lui-même est essentiel. Santé, force, forme physique, sont certes les besoins primordiaux, mais la structure physique doit être la meilleure possible » ;

Aurobindo affirme qu’une éducation de l’intellect qui ne va pas de pair avec l’acquisition de la perfection morale et affective est préjudiciable au progrès de l’homme. Il reconnaît qu’il est difficile d’impartir aux jeunes une formation morale appropriée au cours de leurs années d’études scolaires et universitaires. Il fait la différence entre le cœur et l’esprit en disant qu’instruire l’esprit n’équivaut pas à instruire le cœur. Il devine le danger que constituent les manuels scolaires de morale utilisés dans cette optique car ils rendent mécanique et artificielle la médiation sur les sujets élevés ; or, ce qui est mécanique et artificiel ne sert jamais le bien. En outre, il fait remarquer avec pertinence que toute tentative visant à assurer l’éducation morale et religieuse des jeunes garçons en leur enseignant le contenu des manuels de morale et de religion est une entreprise vaine et illusoire, justement parce que le cœur n’est pas l’esprit et que l’on peut instruire l’esprit sans rendre le cœur meilleur.

Le meilleur type de formation morale de l’être humain, selon Sri Aurobindo, consiste à le prédisposer aux émotions justes, aux plus nobles fréquentations, aux meilleurs comportements mentaux, émotionnels et physiques, et à l’aptitude à manifester les élans fondamentaux de sa nature profonde par de bonnes actions. Toute tentative visant à imposer une certaine discipline aux enfants dans le cadre d’une éducation morale et religieuse en les coulant dans le même moule et en leur faisant emprunter de force la voie que l’on veut qu’ils suivent est une entreprise hypocrite et cruelle. Seul ce que l’homme admire et accepte de lui-même fait partie de son être ; le reste n’est qu’un masque. Toutefois, négliger l’éducation morale et religieuse revient à corrompre l’espèce humaine. C’est pourquoi, en matière d’instruction morale, Sri Aurobindo insiste sur l’utilité de la suggestion et s’élève contre la coercition. « La première règle de l’enseignement moral, dit-il, est de suggérer, d’inviter, et non d’ordonner ou d’imposer. La meilleure méthode procédant par suggestion consiste dans l’échange, chaque jour, des expériences de chacun et dans la lecture quotidienne des livres »

 

Les principes de l’enseignement et l’entraînement des sens

Dans une série d’articles écrits entre 1909 et 1910, Sri Aurobindo énonce trois principes fondamentaux de l’enseignement. « Le principe premier d’un véritable enseignement est que rien ne peut s’enseigner. L’enseignant n’est pas un donneur d’ordre ou un maître qui mène ses élèves à la baguette ; il est un appui et un guide. Son devoir est de suggérer, et non d’imposer ».Le deuxième principe est qu’ « il faut s’adresser à l’esprit à mesure qu’il se développe ». Il fait remarquer que l’idée qui consiste à couler l’esprit de l’enfant dans un moule prescrit par les parents ou l’enseignant relève d’une superstition barbare et ignorante. Il déclare que forcer la nature à renoncer à sa propre dharma revient à lui causer un tort irrémédiable, à empêcher son développement et à altérer sa perfection. Il n’existe pas d’erreur plus grande de la part des parents ou des enseignants que de fixer à l’avance les qualités, les aptitudes, les opinions, les vertus que l’élève cultivera plus tard, ou de décider de sa préparation scolaire en vue d’une carrière qu’ils auront eux-mêmes arrêtée. Le troisième principe de l’éducation, que Sri Aurobindo  pose, consiste à travailler sur ce qui est proche pour aller vers le plus lointain, à partir de ce qui est vers ce qui sera. Autrement dit, Sri Aurobindo souligne que l’éducation doit reposer sur l’expérience directe et que même ce qui en est éloigné ou abstrait doit s’appuyer sur le vécu. La connaissance devrait progresser à partir de l’expérience personnelle vers une expérience plus large, plus intense et plus élevée.

Sri Aurobindo indique d’autres lignes directrices. Lorsqu’il traite des moyens dont dispose le guru (le maître ou le guide), il écrit que « les outils de travail de ce dernier sont : l’enseignement, l’exemple et l’influence. Pour autant, le maître avisé ne profitera pas de la soumission passive d’un esprit réceptif pour imposer pour imposer sa personne ou ses opinions. Il y déposera seulement ce qui est fécond et sûr comme une graine qui pousse à l’intérieur sous l’impulsion divine. Il s’efforcera d’éveiller bien plus que d’instruire. Il visera à ce que facultés et expérience se développent par un processus naturel de libre expansion. Il proposera une méthode à ses élèves en la présentant comme une aide, un instrument utilisable, et non comme une formule impérative ou une règle de conduite prescrite. De même, il prendra garde que ses méthodes ne tendent à limiter et à mécaniser son enseignement »

En plus des facultés telles que la mémoire, le jugement, l’observation, l’esprit de comparaison, de contraste, et d’analogie, autant d’aides indispensables à l’acquisition de la connaissance, Sri Aurobindo met l’accent sur l’imagination qu’il considère comme l’outil le plus important et le plus indispensable. Il la divise en trois fonctions : la formation des images mentales ; le pouvoir de créer des pensées, des images et des imitations ou de nouvelles combinaisons de pensées et d’images déjà existantes ; et l’appréciation par l’âme des choses, de la beauté, du charme, de la grandeur, du sens caché, de l’émotion et de la vie spirituelle présente dans le monde. « L’entraînement de l’imagination est aussi important que le perfectionnement des facultés qui permettent d’observer et de comparer des objets extérieurs ». Ces facultés mentales, comme l’indique Aurobindo, devraient d’abord s’exercer sur les objets puis sur les mots et les idées… en toute simplicité, en s’appuyant sur la curiosité et l’intérêt, en évitant les enseignements figés et l’apprentissage de règles par cœur.

Sri Aurobindo se montre critique vis-à-vis de la pratique de l’enseignement morcelé actuellement en usage dans le système éducatif et déclare qu’on doit le jeter aux oubliettes :

On enseigne une matière à petites doses, parallèlement à toute une série d’autres sujets d’études, et voilà que le garçon assimile mal en sept ans ce qu’il aurait pu apprendre en une seule année. L’enfant quitte alors l’école mal armé, doté de bribes imparfaites de la connaissance humaine dont il ne maîtrise aucun des grands domaines.

Sri Aurobindo dit qu’un tel système éducatif « s’emploie à répandre la pratique de l’enseignement morcelé au début et au milieu des études pour le remplacer subitement par une impressionnante spécialisation dans l’enseignement supérieur. Une telle approche revient à faire reposer un triangle sur son sommet en espérant qu’il tiendra en équilibre »

« La langue maternelle, dit-il, est le support normal de l’éducation. Aussi l’enfant devrait-il consacrer d’abord son énergie à la maîtriser parfaitement ». En ce qui concerne l’enseignement de la langue, Sri Aurobindo prône l’initiation de l’enfant à de nombreuses langues une fois que ses outils mentaux seront suffisamment développés pour qu’il puisse acquérir la connaissance d’une langue facilement et rapidement, et non au moment où il ne pourra comprendre ce qu’on lui enseigne que partiellement et ne le maîtrisera que laborieusement et imparfaitement. Sri Aurobindo juge que l’apprentissage de la langue maternelle qui, selon lui, prépare à l’apprentissage d’une autre langue. Il soutient que l’aisance acquise dans la pratique de sa propre langue rend l’apprentissage d’autres plus facile.

L’éducation psychique et spirituelle

Sri Aurobindo parle également de l’éducation mentale et psychique mais ce qui l’intéresse vraiment est d’un ordre plus élevé. C’est ce qu’il dénomme l’éducation spirituelle ou supramentale. Elle n’implique pas l’annihilation de l’individu, mais son enrichissement grâce au contact avec l’Absolu. L’ordre spirituel transcende l’ordre mental et psychique. La justification qu’il donne de l’éducation psychique et spirituelle repose sur trois éléments essentiels :

-         L’éducation doit proposer à l’individu l’exploration systématique de quelque chose qui est au plus profond de la complexité psychologique de la conscience humaine ;

-         La question la plus importante relative à l’existence humaine porte sur son but, sur le but de la vie de chacun d’entre nous, et sur sa position et son rôle dans la société. Le meilleur moyen de répondre à cette question est d’explorer les domaines psychiques et spirituels et d’être capable de développer des facultés psychiques et spirituelles de la connaissance ;

-         La crise contemporaine que traverse l’humanité a surgi du déséquilibre entre les progrès matériels et un progrès spirituel insuffisant.

Aussi faudrait-il favoriser le développement de la conscience psychique et spirituelle si l’on veut résoudre cette crise. Sri Aurobindo tente de faire la distinction entre le psychique et le spirituel de la manière suivante : au niveau psychique, l’individu ressent une impression de continuité ininterrompue dans le monde des formes et perçoit la vie comme une fonction immortelle qui s’étend sur une durée éternelle et dans un espace sans  limite. La conscience spirituelle dépasse le temps et l’espace et s’identifie à l’infini et à l’éternel. Sri Aurobindo exprime la même idée lorsqu’il dit qu’il faut, dans la vie psychique, rejeter l’égoïsme alors que, dans la vie spirituelle, le moi n’intervient pas. Sri Aurobindo insiste sur le fait que l’objectif de l’éducation intégrale n’est pas l’annihilation de l’individu mais sa transformation. Lorsque l’homme accède à pareille éducation, il se produit une totale transformation de son essence. Sri Aurobindo l’appelle l’éducation supramentale car elle s’exercera, non seulement sur la conscience des individus, mais également sur leur substance même, voire sur l’environnement physique dans lequel ils vivent.

La doctrine de l’éducation de Sri Aurobindo est étroitement liée à la vision futuriste du destin de l’humanité qu’il exprime en ces termes :

« Les hommes devraient être les enfants du passé, les détenteurs du présent et les créateurs de l’avenir. Le passé est notre assise, le présent notre matériau et l’avenir notre objectif et notre sommet »

L’esprit mystique visionnaire de Sri Aurobindo a forgé un concept de la vie sans équivalent au monde, en ce qu’il la voyait comme une riche occasion à nous offerte pour découvrir, comprendre et exprimer le Divin. De cette vision créatrice est née l’extraordinaire aventure du système éducatif qu’il a imaginé pour favoriser l’éclosion des potentialités latentes conformément à son concept de la vie. Pour Sri Aurobindo, le destin de l’être humain est de s’élever vers le supramental, vers la contemplation de la Divinité, objectif vers lequel toute la force et la souplesse de sa philosophie de l’éducation sont tendues.

 

 

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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 23:21

 

1444373-1918172Elections partielles 2010 et Ministère de la Culture 006

Beaucoup de compatriotes n'ont pas bien perçu les enjeux des élections partielles du 6 juin 2010, soit parce qu'ils ont été intoxiqués par une certaine presse soit tout simplement parce qu'ils sont de mauvaise foi. Nous souhaiterions éclairer leur lanterne à ce sujet. En effet, les candidats de l'Union Nationale ont fait croire à leurs électeurs qu'ils n'auraient la possibilité de prendre le pouvoir qu'à la seule condition de gagner les élections partielles. La vérité est que les élections législatives partielles passées avaient un enjeu spécifique pour chaque camp politique. Autrement dit, pour la Majorité Républicaine pour l'Emergence, les élections partielles n'avaient aucune incidence sur la représentation de chaque camp politique, étant donné que le PDG et ses alliés disposent d'une écrasante majorité dans les deux chambres du Parlement. Il s'agissait tout simplement d'un test avant les échéances de 2011. Il était question d'expérimenter une nouvelle pratique au sein de la Majorité: les candidatures communes. Les enseignements tirés de la mise en oeuvre de cette nouvelle pratique permettront ainsi aux membres de la Majorité de procéder à certains réglages avant d'aborder la grande échéance de 2011. Ces élections législatives partielles ont permis au Chef de la Majorité de faire le point et de démasquer ceux qui, tapis dans l'ombre, font le jeu de l'Union Nationale (UN) et empêchent le train de l'Emergence d'avancer. Il faut souligner que le Président de la République Ali BONGO ONDIMBA est décidé à se débarrasser de tous ceux qui s'opposent à sa nouvelle vision et qui ont fait qu'au 2ème Arrondissement les candidats de la Majorité échouent aux élections partielles. Ce sont les mêmes personnes qui financent à coups de millions la campagne médiatique qui tend à faire croire que le leader du RPG, candidat au 1er Siège du 2ème Arrondissement de Libreville, est un leader politique fini. Ce sont ceux qui ne voient pas d'un bon oeil l'orientation nouvelle que le Président Ali BONGO ONDIMBA donne à la nouvelle majorité qui vient d'être mise en place. Cette nouvelle majorité privilégie le partage et la concertation. Or les partisans du "tout pour nous et rien pour les autres" n'aiment pas du tout cette nouvelle vision. Ils sont prêts à faire voler cette majorité en éclats. Pour ce faire, ils vont multiplier les actes qui ont pour objectif la sortie de Paul MBA ABESSOLE de la Majorité Républicaine pour l'Emergence. D'ailleurs, l'un de ceux-là a écrit dans son site internet qu'il avait expréssement demandé à Faustin BOUKOUBOU de ne pas accepter le leader du RPG au sein de la Majorité. Pourquoi? L'intéressé est seul à le savoir. En ce qui concerne l'opposition, il fallait absolument gagner ces élections. C'était, pour les candidats de l'Union Nationale (UN), une question de vie ou de mort politique. Il leur faut absolument une tribune. Le Parlement en est une. Dire pour cela qu'il fallait les gagner pour accéder à la Présidence de la République c'est conter des lanternes aux Gabonais. Vous conviendrez avec moi que ces élections n'avaient pas la même importance pour les deux camps politiques en présence.

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 14:10

 

Après le ministre de l’Intérieur, le tour est revenu à la Cour Constitutionnelle de procéder le 11 juin à la proclamation des résultats des élections législatives et sénatoriales partielles du 6 juin. A cette étape du processus électoral, il convient de tirer quelques leçons de ces élections, surtout de l’élection législative partielle dont le collège électoral est le plus important.

Nous partirons d’abord des constats avant d’en arriver aux leçons à tirer.

1-    DES CONSTATS

Les résultats de l’élection législative partielle du 6 juin 2010 révèlent un taux de participation très faible :

A-   Province de l’Estuaire 

·        1er Siège du 2ème Arrondissement de Libreville : sur 17651 inscrits, seuls 2456 électeurs se sont présentés dans leurs bureaux de vote respectifs, soit un taux de participation de 13,91% ;

·        1er Siège du département du Komo-Mondah (Ntoum) : sur 17539 inscrits, il n’y a eu que 5156 votants, soit un taux de participation de 29,40%.

B-    Province de l’Ogooué-Lolo

·        1er Siège du Département de Mulundu (Lastourville) : sur 7648 inscrits, il y a eu 3882 votants, soit 50,76%.

C-    Province de l’Ogooué-Maritime

·        2ème Siège du Département de Bendje (Port-Gentil) : sur 4109 inscrits, on a enregistré 1214 votants, soit un taux de participation de 29,54%.

D-   Province du Woleu-Ntem

·        1er Siège du Département du Haut-Como (Medouneu) : sur 3022 inscrits, 932 ont voté, soit un taux de participation de 30,84%.

Dans l’ensemble des 5 sièges considérés, sur 49969 inscrits, seuls 13640 électeurs se sont présentés à leurs bureaux de vote. Le taux de participation le plus faible est enregistré dans le 1er Siège du 2ème Arrondissement de Libreville avec 13,91%. Il n’y a donc pas lieu de plastronner. Un taux d’abstention aussi élevé que celui du 1er Siège du 2ème Arrondissement de Libreville est un signal à prendre au sérieux. Comment comprendre que 15195 électeurs sur 17651 puissent tourner le dos aux candidats ? Les listes électorales auraient-elles été gonflées ? Par qui ? Pour l’instant, nous pensons que c’est l’expression du ras le bol exprimé par les populations de ce siège. Elles voient d’un mauvais œil la manière de faire la politique dans leur circonscription. Nous dénoncions déjà, durant la campagne électorale, la pratique qui consistait à faire de la diffamation, de l’injure et du tribalisme le fond du programme politique. Cela a eu pour effet de retourner un bon nombre d’électeurs. La situation est identique au 1er Siège du Haut-Como (Medouneu), où celui qui revendique toujours la victoire  à l’élection présidentielle anticipée de 2009 n’a pas pu, lui aussi, mobiliser les 3000 électeurs de son siège. Il ne s’est contenté que d’un taux de participation de 30,84%. Relativement au nombre d’inscrits, il ne représente que 19,98% de l’ensemble de son électorat. Son score (66,89%), face à un néophyte de la politique n’est pas du tout honorable, pour un président de la République auto proclamé. Bref.

Si l’on rapporte maintenant les résultats des candidats proclamés élus au nombre d’inscrits, aucun candidat n’atteint 40%, même dans la circonscription qui a enregistré le taux de participation le plus élevé (50,76% à Mulundu). Il convient de souligner que ce rapport nous permet d’évaluer le niveau de légitimité ou de représentativité de nos élus. Ce rapport donne ce qui suit :

·        1er Siège du 2ème Arrondissement de Libreville

Ø Jean EYEGHE NDONG : 10,90%

·        1er Siège du Département du Komo Mondah

Ø Julien NKOGHE BEKALE: 19,79%

·        1er Siège du Département de Mulundu

Ø Régis IMMONGAULT : 39,44%

·        2ème Siège du Département de Bendje (Port-Gentil)

Ø Charles OTANDO : 15,08%

·        1er Siège du Département du Haut-Como (Medouneu)

Ø André MBA OBAME : 19,98%

Les chiffres qui précèdent font ressortir le fait que nos élus ne représentent, en réalité, qu’une fraction négligeable de l’ensemble de la population en âge de voter.

2-    DES LEÇONS A TIRER DES RESULTATS

Les chiffres donnés indiquent qu’un nombre considérable d’électeurs ne se reconnaît plus dans ses élus. En outre, ils mettent en évidence le phénomène d’ « aliénation » évoqué par Robert Lane lorsqu’il avait étudié la population d’Easport. En effet, les populations des sièges concernés par le fort taux d’abstention sont, comme le suggère Robert Lane, des « aliénés politiques », c’est-à-dire qu’elles se sentent étrangères à notre système politique. Elles ont le sentiment de ne pas être concernées par ce qui se passe au niveau des acteurs politiques. La situation incriminée ici ne pose-t-elle pas le problème de la contextualisation de notre système politique ?

Compte tenu de ce qui précède, et au-delà de tout triomphalisme, les acteurs politiques doivent concevoir un discours politique mobilisateur, débarrassé des propos diffamatoires, injurieux et tribalistes. Le nouveau système politique à mettre en place doit privilégier la participation de tous et de chacun dans la construction du Gabon. Cette participation doit amener la collectivité à reconnaître l’être humain comme une cellule fondamentale de sa propre existence et à lui permettre de se découvrir lui-même dans la plénitude de sa responsabilité. Des propos tels que telle personnalité politique est finie doivent être proscrits. Tant qu’un être humain jouit encore pleinement de toutes ses facultés physiques et intellectuelles, il peut toujours apporter sa contribution à la construction de l’édifice national.

Tout comme le mauvais rendement de notre système éducatif nous a fait prendre conscience de la nécessité de trouver des solutions idoines par le biais des Etats Généraux de l’Education, de même l’ensemble de la classe politique gabonaise doit prendre conscience de la nécessité de changer de pratique, en prenant au sérieux le message que les populations lui transmettent à travers leur abstention de plus en plus importante. Il faut éviter que ces populations se désinvestissent davantage.

                                                                                                                       

                                                                                                                            

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