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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 18:50

MEETING DE CLÔTURE DE LA CAMPAGNE DES PARTIELLES -copie-4

 

 

A MON CHER PETIT FRERE EVIVI NGUEMA ET AUTRES

 

 J'ai bien lu ta réaction du vendredi 24 juin 2011 relativement à la synthèse de la réunion du Conseil Exécutif Elargi du Rassemblement Pour le Gabon du 23 juin 2011. Tout en respectant ton point de vue qui consiste à dire qu'il est temps qu'un jeune accède à la tête du RPG dans la mesure où l'alternance constitue, à ton avis, un principe démocratique, je voudrais aussi attirer ton attention sur le fait que les militants du RPG admettent naturellement ce principe. Point n'est besoin de rappeler que le leader de leur Parti, Paul MBA ABESSOLE se bat pour cela avec ses amis depuis des décennies. Je ne voudrais pas revenir sur ce que l'on a appelé les événements de Makokou survenus après que Paul MBA ABESSOLE, jeune prêtre spiritain, eut sensibilisé ses chrétiens sur la nécessité d'assurer l'alternance dans notre pays. Malgré tout ce qui précède , il ne saurait être question de changer les responsables des organes de notre Parti tout simplement parce que l'alternance est un principe démocratique. Le bénéficiaire de l'alternance doit être à la hauteur des attentes des militants. Il faut qu'il soit aussi bon sinon meilleur que son prédecesseur.

C'est parce que les militants sont viscéralement attachés à ce principe que le RPG tient régulièrement des congrès pour examiner le fonctionnement du Parti et procéder à des réglages s'il en faut. Autrement dit, c'est l'occasion de désigner les différents responsables du RPG et plus précisément celui qui doit présider aux destinées du Parti. Ainsi tout militant remplissant les conditions statutaires peut-il présenter sa candidature à la présidence du RPG. Il est déjà arrivé que Paul MBA ABESSOLE affronte un autre militant au cours d'un congrès.

C'est conscient de tout cela que Paul MBA ABESSOLE souhaite qu'un congrès soit convoqué dans les meilleurs délais pour la désignation d'un nouveau président. Il ne veut pas se complaire dans la situation irrégulière actuelle du Parti.

Nous constatons tous que la base, depuis le Congrès Constitutif de 1990, lui a toujours renouvelé sa confiance et ce, en dépit des campagnes de déstabilisation dont il est constamment l'objet depuis son retour au Gabon en 1989.

Peut-être convient-il de rappeler que le Rassemblement Pour le Gabon (RPG), plus que n'importe quel parti du Gabon, a traversé des périodes très difficiles qui auraient pu occasionner sa disparition.

 Le doigté et l'expérience politique avérée de son Président lui ont permis de maintenir le cap et de retrouver la sérénité. La démarche politique de MBA ABESSOLE a inscrit le RPG dans la liste des partis respectables de notre pays.

Est-il besoin également d'ajouter que le Président du Rassemblement Pour le Gabon (RPG) est pratiquement aujourd'hui le seul leader politique du Gabon qui a parcouru tout le territoire national cinq fois, foulant ainsi le sol de tous les villages. Cela lui a permis de mieux connaître son pays en s'entretenant avec la plupart des notables du Gabon.

 C'est dire que Paul MBA ABESSOLE est un homme politique hors pair, diplômé, comme il le dit souvent, de l'"Université d'AKAMESSATOUK". On ne peut donc pas se séparer d'un monument de ce genre, sauf si l'on fait de la politique pour s'amuser.

En ce qui concerne le problème de l'âge, j'estime que c'est un faux problème. Tu me parles du rajeunissement du RPG avec l'accession d'un jeune d'une quarantaine d'années à la tête du Parti. Cela pose naturellement le problème de la définition du concept jeune. Est-ce une question du nombre d'années? Je ne le pense pas.

On est jeune ou vieux dans sa tête. Si l'on est porteur d'idées nouvelles, des idées qui peuvent faire émerger le pays, on est jeune malgré le nombre d'années qu'on porte. On est jeune quand on garde intactes ses ambitions et ses rêves d'enfance. On est jeune quand on est plein d'espérance. On est jeune quand on est en bonne santé physique et intellectuelle. De quoi est donc capable un homme d'une trentaine d'années impotent? Que peut-il apporter à son Parti et à son pays? Son souci permanent sera l'amélioration de son état.

On n'est  pas vieux à cause du nombre d'années qu'on porte. On est vieux quand on déserte son idéal. On est aussi vieux que sa désespérance. Ce qui est fondamental c'est d'être en possession de toutes ses facultés physiques et intellectuelles. Il faut aussi respecter les lois naturelles. Or que constate-t-on aujourd'hui? Les jeunes d'aujourd'hui vivent dangereusement et mettent constamment leurs vies en danger. Un coup d'oeil sur la feuille nécrologique du Quotidien l'Union nous permet de relever le nombre extrêmement élevé de jeunes qui meurent chaque jour.

 Quels sont donc ces jeunes qui vont succéder à la génération des MBA ABESSOLE? Cela mérite une méditation. MBA ABESSOLE paraît plus jeune que beaucoup de ses anciens élèves et petits frères malgré ses soixante dix ans.

 Dans son Fascicule publié le 21 septembre 2010 et intitulé "LE COURAGE DE CHOISIR", au sujet de son âge, Paul MBA ABESSOLE dit:" Tu vois donc qu'un homme de soixante dix ans a toujours de l'avenir devant lui. Je suis à l'âge où on doit être fédérateur des différences, parce que libéré de nombre de passions de jeunesse."

Je te remercie pour ta patience et pour ta compréhension, tout en espérant que tu me permettras d'approfondir ma réflexion via tes commentaires. Sincèrement et fraternellement. .

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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 01:15

Selon des sources bien informées, il se passerait des choses peu orthodoxes à l'Hôtel de Ville de Libreville, et plus précisément au service Solde.

En effet, il nous revient que de nombreux agents temporaires dont les situations administratives viennent d'être régularisées depuis près de deux mois éprouvent de sérieuses difficultés à faire codifier leurs textes d'engagement.

Les agents du service Solde chargés de la codification des textes exigeraient, selon nos sources, des sommes d'argent allant de 5000 FCFA à 30 000 FCFA selon le grade de l'agent concerné.

Présentement seuls ceux qui ont déposé les montants exigés sur la table des agents du Service Solde ont vu leur nouvelle situation administrative prise en compte. Par contre, les résistants attendent encore. Jusqu'à quand?

Au regard de ce qui précède, le Maire NTOUTOUME EMANE est interpellé pour qu'un terme soit mis à ce genre de pratiques anachroniques et incompatibles avec la bonne gouvernance prônée par le Président ALI BONGO ONDIMBA.


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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 23:09

La Fête Jumelée des Pères et Mères organisée le samedi 18 juin 2011 à la Mairie du 6ème Arrondissement de Libreville est une initiative de l'édile de cette circonscription administrative, Monsieur Maurice OBIANG MORO, issu des rangs du Rassemblement Pour le Gabon (RPG).

De nombreuses activités ont été programmées telles que les Cross masculins et féminins, des rencontres de football  (masculin et féminin) et un concours d'art culinaire qui a vu la participation de huit candidates.

Le Président du RPG, le Père Paul MBA ABESSOLE, ainsi que d'autres cadres du RPG ont pris part à ces manifestations.

On notait également la présence des notables et de nombreux habitants du Quartier NZENG AYONG.

Un repas copieux a mis un terme à cette rencontre conviviale.

Les images qui suivent marquent les grands moments de la Fête Jumelée des Pères et Mères du 6ème Arrondissement de Libreville.

 

 

 

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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 20:18

Dans le cadre de ses universités, la Confédération Patronale Gabonaise (CPG) a organisé une série de conférences-débat à la Cité de la Démocratie, du 17 au 18 juin 2011. Parmi les conférenciers invités par Monsieur Jean-Claude OYIMA, Président de la CPG, il y avait le Père Paul MBA ABESSOLE qui a animé une conférence-débat  le 17 juin 2011 à 14h30, à la Cité de la Démocratie, sur le thème: "Travail et développement", avec comme Modérateur Monsieur Bernard VOLKER, Directeur Général de 3ATELESUD.

 

D'entrée de jeu, le Conférencier a invité ses compatriotes à se mettre au travail, car ils doivent comprendre que seul le travail peut nous conduire vers le développement. Ensuite il a décliné le plan de son exposé qui s'est articulé autour de quatre grands points, à savoir:

  • une relecture des budgets du Gabon depuis 1960;
  • une définition du travail à partir de son expérience personnelle;
  • une définition du développement avec deux exemples de développement (cas de la Chine et du Japon);
  • quelques perspectives.          

De la relecture des budgets de 1960 à 2011, l'on retiendra qu'avec une population de 400 000 habitants en 1960, le Gabon avait un budget de 4 milliards de francs CFA alors que dix années plus tard (1970), celui-ci a été multiplié par quatre, avec une population de 500 000 habitants. En 1980, ce budget a été multiplié par dix avec une population de 800 000 habitants. Aujourd'hui, il s'élève à plus de 2000 milliards, sans qu'aucun changement bouleversant ne soit constaté. La vérité, pour le Conférencier, c'est qu'il y a eu une mauvaise gestion. En somme, conclut-il, les Gabonais n'ont pas travaillé. La situation actuelle, selon l'orateur, doit faire prendre conscience à ses compatriotes que le travail constitue, pour eux, la seule possibilité d'émerger.

 

S'agissant de sa définition du travail, Paul MBA ABESSOLE, en bon exégète, rejette la vision péchéiste du travail. Selon ses références bibliques, l'homme devait toujours travailler (intellectuellement et manuellement). Le travail n'est pas une punition. C'est ainsi qu'il définit le travail comme un effort physique, intellectuel soutenu destiné à fournir à l'homme ce qui est nécessaire à sa vie et à transformer son environnement  en un monde humain. A propos du travail, Paul MBA ABESSOLE cite Saint Paul:"Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus". Le travail apparaît alors pour le Conférencier comme une nécessité absolue pour la santé de l'être humain.

 

Le travail est multiforme et exige un apprentissage de l'homme. On a besoin d'une formation pour répondre aux exigences des multiples formes du travail (travail de recherche, d'organisation, de coordination, de gestion et d'exécution). Il faut y consacrer du temps.

La formation implique des moments d'apprentissage, car on ne peut pas faire un travail pour lequel on n'a pas été initié.

Paul MBA ABESSOLE a également abordé le problème des dysfonctionnements de notre système éducatif ( déperditions scolaires, effectifs des élèves scientifiques très faibles, insuffisance des techniciens, etc) qui a un impact sur l'emploi.

Des considérations ethniques et politiques constituent un frein pour l'accès au travail. En dépit de la qualité de la formation reçue, certains jeunes compatriotes n'arrivent pas à se faire embaucher en raison de leur appartenance ethnique ou/et politique.

 

Quant au développement, il le définit comme le passage d'un état à un autre meilleur. Ce passage ne peut être effectif si l'on est oisif. Il faut que les Gabonais se mettent au travail pour améliorer leur condition. Il a toutefois fait observer que l'on ne peut travailler si on a un ventre vide. Ses différentes tournées sur le territoire gabonais lui ont appris que les gabonais ont faim et sont mal formés. Il a exhorté les Gabonais à suivre l'exemple de la Chine et du Japon.

 

Dans les perspectives, Paul MBA ABESSOLE préconise des partenariats entre les écoles et les entreprises qui devront initier les jeunes à certaines tâches. On pourrait également avoir recours au service militaire obligatoire pour l'apprentissage de certains métiers.

Avec un brin d'humour, il a fait observer que par le terme émergence nous avons reconnu que notre pays était au fond de l'eau. Or personne ne peut indéfiniment y demeurer sans mettre sa vie en danger. Pour ce faire,le travail de tous les bras et de toutes les intelligences des Gabonais feront de ces derniers les premiers acteurs de l'ascension de leur pays.

Le travail d'équipe constitue aujourd'hui la garantie du succès.

 

L'exposé a été souvent ponctué d'applaudissements. Ce fut donc une conférence extrêmement animée. Ce qui a fait dire au  Modérateur, Monsieur Bernard VOLKER, au terme de l'exposé:"Merci Monsieur le Premier Ministre, vous nous avez instruit dans la joie".

L'on regrette cependant que certains conférenciers aient quitté la salle avant le passage de Paul MBA ABESSOLE qui, pour sa part, a suivi l'ensemble des conférences programmées.

Il faut également souligner qu'avant l'exposé de MBA ABESSOLE, sans l'avoir écouté, un des participants, s'adressant à son voisin, lui a dit:"La conférence qui va suivre (celle de MBA ABESSOLE) n'est pas intéressante". Comment a-t-il fait pour savoir que l'exposé de l'ancien Vice-Premier Ministre n'était pas intéressant? Voilà une catégorie de Gabonais qui vivent avec des préjugés et qui ne font pas appel à leur raison.

 

 

 

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 17:59

Le Professeur Franklin nathan Nyamsi, philosophe, livrait dans Le Crépuscule de Gbagbo, l’Aurore d’Ado et l’Horizon de la Côte d’Ivoire, son analyse de la chute du président ivoirien sortant et de l’avènement de son rival, Alassane Ouattara. Le philosophe Pascal Touoyem lui répond.

Le rapt à la mitraillette du Président Gbagbo par la force française, ce lundi du 11 avril 2011, révèle, pour le souligner avec force, toute la complexité qui sous-tend la problématique de la gouvernance en Afrique et du rapport maître/esclave par quoi Hegel définit le monde Noir et l’Occident. Dans sa célèbre Leçons sur la philosophie de l’histoire, Hegel énonce, péremptoire : « Le seul lien essentiel que les Nègres aient eu et ont encore avec les Européens, c’est celui de l’esclavage ».

Toussaint Louverture et Laurent Gbagbo sont pour ainsi dire, les deux figures extrêmes dans et par lesquelles se déploie cette confrontation maître/esclave. Toussaint Louverture inaugure à la fin du XVIIIème siècle à Saint-Domingue l’acte fondateur de cette confrontation, de cette bataille sanglante. Laurent Gbagbo clôt ce long procès historique dans et par une tradition de la résistance, une épistémologie de la transgression, une posture d’indocilité, conformément à notre mémoire d’insoumission qui est fondamentalement le refus de mourir.

Je le sais, il faudrait être sans cœur, ou avoir un cœur tout fait de marbre froid pour soutenir sans pincement cette image qui pudiquement étale sous nos yeux, l’homme d’Etat Gbagbo ( en tenue de corps), son épouse Ehivet et son fils Michel effondrés devant les caméras … pour « raison d’Etat » ou « acte de salubrité publique » ! Le scénario de l’enfumage de Gbagbo tel un rat dans son palais et le spectacle de son humiliation physique est poignant et nous interpelle.

Au-delà de l’émotion bien comprise, pourquoi en est-on arrivé là et comment réparer l’ignominie ? Quelle crédibilité peut-on accorder à des propos misérabilistes qui font des Africains des êtres fondamentalement traumatisés et incapables d’agir pour leur propre compte, en fonction de leurs intérêts bien compris ? Comment peut-on venir nous promettre une démocratie chimérique sans dire un mot sur les efforts internes de construction d’un cadre monétaire et économique unitaire africain, pré-condition pour notre désaliénation ?

Par-delà des jugements à l’emporte-pièce, des prises de position partiales, des instructions péremptoires et autres effusions émotives, il est important de dégager un post mortem objectif afin de tirer les enseignements pour la Côte d’Ivoire et pour l’Afrique. Dans cette tentative de restitution de la vérité historique, il s’agit, au-delà des formules imprécatoires et infériorisant, d’adopter les principes durkheimiens d’après lesquels, il faut traiter les faits sociaux comme les choses.

En réalité, de ce qui devait être des élections « parfaites » jusqu’à l’enlisement, j’ai identifié quelques écueils qui, à mon avis, ont entrainé des dysfonctionnements savamment montés menant à la recolonisation programmée actuelle de la CI. Il s’agit d’une stratégie froidement pensée et exécutée de sang froid par certains acteurs impliqués qu’ils soient nationaux ou internationaux.

Les faits : l’envers du décor de la quadrature du cercle

Le non-respect des accords signés qui prévoyaient notamment un cadre et un échéancier pour l’organisation et la tenue pacifiques des élections présidentielles. Ces modalités ont été stipulées dans le 4e Accord complémentaire à l’Accord politique de Ouagadougou qui dresse un canevas pour les opérations de démobilisation, de désarmement, de stockage des armes et précise les conditions de restauration de l’appareil d’Etat et de son administration dans le pays tout en prévoyant la sortie de la crise.

Ainsi l’Accord complémentaire, dans son Article 3, stipule « afin de favoriser l’organisation des élections dans de bonnes conditions, les deux Parties ont convenu de relancer, sans délai et sous la conduite du CCI [Centre de Commandement Intégré]et la supervision des Forces impartiales, le désarmement, le stockage des armes des deux Forces ex belligérantes, ainsi que la démobilisation des ex combattants des Forces nouvelles. En tout état de cause, ces opérations devront être achevées au plus tard deux mois avant la date fixée pour l’élection présidentielle. »

L’Accord complémentaire prévoit également le regroupement et le cantonnement des forces rebelles, le démantèlement des milices, le paiement de primes de démobilisation le tout « devant être achevé au plus tard deux mois avant les élections présidentielles. » En outre l’article 8 du même Accord complémentaire reconnaît « que la non réunification du pays et les lenteurs accusées dans la normalisation institutionnelle et politique constituent de sérieux obstacles à l’organisation d’élections justes, transparentes et démocratiques. »

Il apparaît que les clauses ci-dessus, absolument essentielles à la tenue d’élections ouvertes, n’ont pas été respectées, les rebelles refusant de désarmer et rendant aléatoire le redéploiement de l’administration et la récupération par l’Etat de ses recettes fiscales et douanières. Or l’expérience récente (Irak, Afghanistan) a montré qu’il était illusoire de prétendre tenir des élections libres et transparentes dans des zones contrôlées par des rebelles en armes.

Pourquoi diable la « communauté internationale » n’a-t-elle pas exigé des rebelles qu’ils se conforment à l’Accord politique d’Ouagadougou et ses quatre Accords complémentaires qu’ils ont eux-mêmes signés ? Pourquoi le Conseil dit de sécurité (en réalité d’insécurité) des Nations Unies n’a-t-il pas donné instruction aux rebelles de désarmer tel que prévu dans l’Accord d’Ouagadougou que le Conseil a entériné ? Pourquoi le fameux parrain du processus de Ouagadougou n’a-t-il pas exercé les pressions nécessaires pour faire respecter cette clause essentielle ? Et enfin pourquoi les rebelles et leur chef politique, le Premier Ministre Guillaume Soro, ont-ils refusé de désarmer alors qu’ils étaient signataires de l’Accord ?

Ce manquement primordial au processus électoral élaboré laborieusement ouvrait fatalement la possibilité de violences, d’intimidations et de fraudes à haute échelle dans des zones CENO contrôlées de fait par des groupes d’opposition armés dans le Centre, dans le Nord et dans l’Ouest du pays.

Aucune grille de déchiffrage si objective soit-elle, ne peut éluder le poids du contexte politique tant africain qu’international dans cette tragédie. Complot contre les institutions de la République ? Aucun doute ici n’est permis.

Prêtant serment au palais présidentiel le 25 février 2010 devant le Conseil Constitutionnel et en présence du représentant du Facilitateur et du représentant des Nations Unies, les membres de la CEI s’étaient « engagés à remplir leur mission dans le respect de la Constitution et en toute impartialité ».

Or cette Commission est composée de 31 membres dont 11 représentant les corps constitués et 20 venant des partis politiques et groupes rebelles. Fait probablement unique en Afrique sur les 20 représentants des partis politiques et groupes rebelles dans la Commission, l’opposition compte 18 représentants et le parti au pouvoir 2 ! A supposer même que les représentants des corps constitués (11) soient tous proches du pouvoir, cela ne ferait jamais que 13 en face de 18. En quelque sorte la Commission « indépendante » est bel et bien contrôlée par l’opposition ! D’ailleurs son Président est un membre éminent membre de la coalition de l’opposition et ancien ministre PDCI dans le gouvernement Gbagbo. Fait curieux, tous ces membres ont été nommés par décret présidentiel ! Et parmi les 18 membres de l’opposition, on en retrouve 6 qui représentent 3 groupes rebelles (MPCI, MPIGO et MJP) ayant depuis longtemps fusionné dans les Forces nouvelles, et 8 issus de 4 partis politiques d’opposition (PIT,UDPCI, MFA et UDCY) dont le score combiné au 1er tour de la présidentielle s’est élevé à 3,5% des voix exprimées, les 4 autres représentant le RDR et le PDCI…Du jamais vu en Afrique … ou ailleurs !

Et pourtant la loi électorale promulguée en 2001 ne prévoyait que « deux représentants de chaque parti ou groupement politique ayant au moins un Député à l’Assemblée Nationale ou ayant remporté au moins une élection municipale [1] ».

C’est qu’entre-temps il y a eu une tentative de coup d’Etat, une rébellion armée, l’envoi par la France et les Nations Unies des forces d’interposition et le début du ballet politico diplomatique menant de Marcoussis à Ouagadougou en passant par Accra et Pretoria. C’est à Marcoussis qu’une telle composition de la Commission a été concoctée au mépris de la Constitution ivoirienne adoptée deux ans plus tôt par une large majorité des Ivoiriens et au mépris des règles d’équité les plus élémentaires.

En plus de cette composition pour le moins insolite (et sans doute pour en atténuer un peu les conséquences) on y ajoute une modalité de prise de décision qui va nécessairement mener au blocage : le consensus. Ce blocage a découlé du différend concernant le sort à réserver aux résultats de plusieurs départements dans le Nord du pays, de l’opportunité de prononcer des résultats provisoires compte tenu du manque de consensus et du dessaisissement de la Commission électorale par le Conseil constitutionnel. C’est suite à ce dessaisissement que le Président de la CEI, membre de l’opposition, a procédé dans la précipitation et la plus grande confusion à une déclaration de résultats provisoires non consolidés et encore moins validés par l’ensemble des commissaires centraux de la CEI et, fait inédit, depuis le QG de campagne du candidat de l’opposition, en d’autres termes de son candidat !

Il est donc avéré que la Commission électorale n’a pas respecté son serment d’impartialité et de respect de la Constitution. Mais pouvait-il en être autrement au vu de sa composition, de son mode opératoire et des enjeux ? Peut-on être à la fois juge et partie ? Pourquoi devrait-on estimer que les résultats collectés et promulgués par le seul Président de la Commission (la Commission n’ayant pas statuée à ce jour) reflètent fidèlement le souhait de la majorité des électeurs ? Et surtout pourquoi diantre avoir imposé une telle composition de commission électorale ?

En tout état de cause l’ordonnance de 2008 portant ajustement au code électoral pour les élections de sortie de crise indique que la proclamation définitive des résultats relève de la compétence exclusive du Conseil constitutionnel, la proclamation des résultats provisoires par la CEI ne constituant qu’une étape dans le processus électoral.

Autre incongruité de la « Communauté internationale » : En Afrique il y a eu au cours de ces dix dernières années maintes contestations de résultats d’élections. Seules les décisions prises par les organes judiciaires suprêmes ont conféré la victoire à l’un des candidats. Cela aurait donc dû être le cas également en Côte d’Ivoire, à moins de récuser la légitimité de son Conseil constitutionnel, ce qui serait contraire à l’ensemble des résolutions du Conseil de sécurité sur la Côte d’Ivoire qui commencent toutes par : « Réaffirmant son ferme attachement au respect de la souveraineté, de l’indépendance, de l’intégrité territoriale et de l’unité de la Côte d’Ivoire, et rappelant l’importance des principes de bon voisinage, de non-ingérence et de coopération régionale ». La supervision exercée par les Nations Unies ne suspend en aucune manière la Constitution ivoirienne. La précipitation du Certificateur à déclarer un vainqueur a certainement contribué à la forfaiture actuelle.

Tous ces dysfonctionnements voulus et bien d’autres manipulations françaises et onusiennes, ont précipité la Côte d’Ivoire dans le chaos indescriptible actuel.

Pour comprendre le drame qui se joue en CI, il ne faut pas hésiter de renverser la sémantique et ensuite, la lire à l’envers dans un contexte où l’élite médiatique occidentale s’est résolument alignée sur les positions de l’Elysée par une incroyable désinformation sur l’Afrique. La morale ici, cesse d’être une bonne grille de lecture pour devenir un vernis de plaisance. C’est là justement une modalité d’embastillement et d’encanaillement de l’imaginaire, facteur de momification des consciences ; modalité par laquelle la médiacratie occidentale et ses avatars est arrivé à un traitement réactionnel, émotif et finalement jouissif se traduisant par un surinvestissement imago-phobique sur la CI.

La démocratie falciforme, manipulatoire et les stratégies discursives d’encanaillement

Alors qu’en Afrique 50 ans après les indépendances dès que l’Occident aboie, l’Afrique s’emballe, convulsionne et s’étrangle de stupeur, il a fallu que Gbagbo telle la vague jaune déferle, s’ébranle et s’exhale (pendant quatre mois) comme l’agent orange pour que la France sursaute et s’ébroue enfin !

Frappes chirurgicales à la résidence présidentielle avec effets collatéraux sur le bouclier humain constitué à cet effet autour du palais, tueries rituelles à Duékoué, chasse à l’homme, viols, bavures, embargo sur les médicaments, bref, barbarisme d’un autre âge qui plonge le début de ce millénaire dans l’amertume et la désespérance en l’homme et s’érige en norme des relations internationales. L’expansionnisme marchand s’accommode ainsi avec le vidange physique et mental des indociles, la liquidation massive des vies humaines, question de faire fructifier l’industrie de l’armement et le business de l’humanitaire qui aujourd’hui charrie de gros intérêts. Qui donc de Gbagbo, de l’Onuci / Licorne constitue le monstre froid ?

Pour l’humaniste et l’idéaliste éthique que je suis, il s’agit là de vingt siècles pour rien. L’humanité en est restée au stade angoissée de la prédation, cette époque-là (le paléolithique inférieur) où l’homme-proie, pathologiquement anxiogène, s’est mué en homme-carnivore-assoiffé-de-sang.

L’Afrique doit s’interroger au-delà de la démocratie-diversion de cette fameuse communauté internationale, véritable antichambre de la pensée u(i)nique et d’enregistrement des oukases US et France. Le conseil de sécurité, structurellement corrompu et belliciste n’appartient qu’au plus fort ; c’est la codification et l’érection de la jungle en normes internationales. Qu’entre usurpateurs l’on se serre les coudes, c’est normal. Seulement, la CI ne mérite pas une fois de plus cette insulte ultime même sous la forme de « président reconnu par la communauté internationale ».

Que des âmes soit- disant « civilisées » par auto-conviction ou par matraquage ou conditionnement médiatico-cérébral en viennent à « capturer » un chef d’Etat en exercice démocratiquement élu et le brandir comme trophée de guerre – ce qui ferait honte aux émules et aux inconditionnels des pires épopées victoriennes ou napoléoniennes – témoigne ainsi du grand triomphe d’un hitlérisme version soft sur le droit des peuples africains à l’auto-détermination tout court et sur la liberté de pensée.

Ce morceau de bravoure anachronique caractérise ce début de siècle comme la période au cours de laquelle l’humanité aura produit le plus de médiocrité et de résidu en termes de carence d’abstraction et d’élévation. « Président reconnue par la communauté internationale » ; vous avez deviné ? C’est une expression qui heurte et chagrine même les âmes les plus insensibles. Cette tendance pathologique à la veulerie et à l’attentisme qui consiste à attendre tout de l’étranger est une réaction de frustration qui trahit une jouissance manquée. C’est en fait une attitude provoquée par une jouissance de plus en plus problématique. Prouesse d’un dégénéré, d’un démagogue malhabile ou du complexe de colonisé ? Dans l’un ou l’autre cas, l’on réprime difficilement l’envie de dégobiller. Malheur pour l’Afrique en général et pour la CI en particulier, si ce sous-préfet de la France en CI croit sérieusement incarner l’alternance pour ce pays. Par cette forfaiture, ADO commet l’inceste en violant sa propre maman c’est-à-dire la constitution dont la sacralité est pourtant établie. Sur le plan anthropologique, l’indispensable rite de passage pour accéder à la légitimité passe par une prestation de serment en bonne et due forme ; une prestation de serment par sms est une nègrerie de plus. Toute cette fantasmatique du pouvoir à tout prix, trouve son explication dans un triple pôle : désir, puissance, jouissance.

Il y a une lutte pour le pouvoir en CI aujourd’hui, qui au-delà des clivages nationaux, ethniques et religieux apparents oppose deux projets de société qui voient s’affronter deux dirigeants tenants d’un libéralisme mondialisé sans foi ni loi et l’autre qui incarne un panafricanisme souverain et socialisant.

Enfin, après tout ce que le commun des mortels a pu voir et entendre depuis une dizaine de jours de bombardements aveugles, d’exécutions sommaires et de la mise à nue du ROI ; comment distinguer le salaud entre ADO et l’Alliance des prédateurs ? Quelle cause à défendre, quel acte à réprimer pour autoriser de telles indécences, de telles abominations, de telles primitivismes ! Devant tant de barbaries, notre devoir, n’est-ce pas notre pouvoir de dire NON ! Et ça suffit, arrêtez la connerie.

Que l’historien et homme d’Etat Gbagbo ait vaincu plus d’un péril pour accéder à la magistrature suprême ne fait aucun doute. Mais jamais à notre avis, la tradition de l’indocilité incarnée par Gbagbo, n’aura été aussi menacée. Se dresse donc face à ce système-monde liberticide et aliénant, un impressionnant défi à relever : la privatisation du sens du monde par l’expansionnisme marchand et conquérant.

Plus que le péril jaune ou rouge, l’hégémonie d’un Occident saoul de sa puissance, de sa prééminence sur la scène internationale, à la fois réactionnaire et conquérante telle qu’incarnée par la démocratie du canon, doit être combattue et neutralisée par toute la communauté des humains qui se refuse de se laisser phagocyter par la déferlante ruse du capital, version rambo et sarko. L’axe américano-français qui se dessine à cette occasion (pour le contrôle du Golfe de Guinée) doit marquer historiquement la césure, le point de démarcation où devra se cristalliser et s’ancrer toute la puissance, que dis-je, l’onde de choc de la Résistance africaine contre le cynisme ambiant de la Real-politik internationale.

Dans ce contexte de forte tension, le monde ne nous prendra pas au sérieux de sitôt. Un « président de l’étranger » toujours hanté par les fantômes de ses victimes, ne peut davantage crédibiliser les institutions républicaines, après avoir usurpé le pouvoir dans les conditions que l’on sait : politique de la terre brûlée dans les zones de résistance et extermination systématique au vu et au su de la soi-dite communauté internationale. Les forces d’ADO exécutent ainsi un holocauste, la solution finale. Comment certains prétexteraient ou appelleraient cela ? De l’épuration ethnique pardi ! Le TPI doit pouvoir agir ! A moins que cette épuration-là, n’arrange des intérêts bien compris. La communauté des bien-portant doit s’assurer que toute allégation de violation de droits humains fasse l’objet d’enquêtes judiciaires nationales et internationales impartiales et de sanctions rapides et appropriées. A qui fera-t-on croire qu’il n’existe pas de responsabilité morale pour des actes perpétrés en CI par la communauté internationale ? À qui fera-t-on croire que pour créer un monde humain, il faut évacuer la morale et l’éthique au nom des intérêts sacrés puisque dans ce bas monde, il n’existe ni justice des plaintes, ni justice des causes ?

La politique deux poids, deux mesures en matière d’ « ingérence » et du « droit de protéger » est un gisement potentiellement crisogène en voie de constitution sur les théâtres d’opération des conflits comme en CI et en Libye en proie au système mondial de prédation. Il est donc compréhensible que plus de la moitié du pays qui a soutenu le Président Laurent Gbagbo et qui incarne la nouvelle résistance, ait une légitime attitude de ras-le-bol, de mépris et de défiance vis-à-vis de ce président de la communauté internationale et de cette France qui s’est empressée de reconnaître des résultats provisoires faisant fi du processus démocratique et des règles constitutionnelles du pays. Pire, les instructions et injonctions et la chasse à l’homme actuellement en cours en CI ne feront que cristalliser la déchirure qui continue à frapper le pays. On aura également vu en Cote d’Ivoire un fonctionnaire des Nations Unies se considérer au-dessus de l’institution constitutionnelle ; il s’agit là d’une entreprise cruelle, abjecte et à tout le moins infâme renvoyant à la situation anté-rousseauiste du droit du plus fort.

Et la fameuse Union Africaine qui ne cessera jamais d’étonner et dont l’incohérence et l’incompétence diplomatique sont avérées ! Et le fameux quintet des chefs d’Etat (à en mourir de rires !), écœuré, il s’est lassé de retenir de ses entrailles en ébullition, le magma visqueux de l’agenouillement face au maître blanc. Phénomène naturel scientifiquement démontrable[2], coup de semonce ou fait prémonitoire de l’effondrement de ce cartel des satrapes ? Chacun y va de sa grille de lisibilité. Lorsque le président Sud-Africain Zuma déclare que Ouattara n’a pas gagné les élections et change à 180° disant le contraire après une petite visite de 8 heures à Paris, on peut se demander ce que valent ces dirigeants de pacotilles qui représentent et parlent au nom de 1 milliard d’Africains. Peut-on encore rendre cette UA politiquement viable quand elle reconnaît la victoire de Ouattara sans même tenir compte des conclusions contraires de ses propres observateurs envoyés sur le terrain, juste pour faire plaisir au maître blanc ? Comment la transformer en valeur idéologique positive ? Vers quel espace épistémo-politique et axiologique la diriger à l’ère des grandes révisions géostratégiques dans le monde ? A cette série de questions, nous pensons qu’il faut esquisser une anthropologie politique de la transgression plus audacieuse et critique.

La tradition de l’indocilité qu’inaugure le Président Gbagbo, s’inscrit irréversiblement dans le projet historico-politique pensé par l’Homme d’Etat Nkrumah et systématiquement formulé par Cheikh Anta Diop. Pour ces ancêtres de l’avenir, l’Afrique doit redevenir pour nous et pour nos passions, une idée rectrice, fondatrice et téléologique. Aujourd’hui, y compris parmi les Africains francophones dont la servilité à l’égard de la France est presque pathologique et qui sont séduits par les sirènes de la condition victimaire, beaucoup d’esprits savent pertinemment que le sort du continent ne dépend pas de la France. A l’ère post cinquantenaire des indépendances, les jeunes générations ont appris que de la France, tout comme des autres puissances mondiales, il ne faut pas attendre grand-chose. Les Africains se sauveront eux-mêmes ou ils périront.

C’est pourquoi ADO dont servilité vis-à-vis de la France est avérée ne sera jamais pour nous un Homme d’Etat. Il n’en a ni la vertu, ni la lumière, ni l’étoffe. Il sera au mieux chef de clan. ADO, c’est l’anti-modèle, le paradigme de ce qu’un nègre ne devrait ni imiter, ni faire, encore moins assumer. Au service du néocolonialisme, il apparaît comme l’une des pièces maîtresses à vocation stratégique de l’appareil idéologique de brouillage des repères et, à dessein, d’auto-illusionnement du noir.

Il va manquer certainement à ce dernier le crédit moral qui lui permettrait de parler avec autorité. L’avilissement, l’encanaillement n’est-ce pas autre chose que ce qui reste à un individu qui s’est refusé à être celui qu’il fut ? Son être authentique n’en meurt pas pour cela c’est vrai ; mais il se constitue en fantôme qui lui rappelle constamment l’infériorité de l’existence qu’il mène en l’opposant à celle qu’il aurait dû mener et ipso-facto, la précarité dont il jouit. L’avilit est un suicidé qui se survit. Tel est le titillement quotidien qui va tarauder l’inconscient psychique du « président de l’étranger » et fera peser sur ce dernier, à chaque instant, une névrose d’abandon qu’éprouve l’enfant lorsqu’il se rend compte que l’attention est plus portée sur l’autre. De l’homme politique, l’Afrique retient que notre atypique de sa névrose obsessionnelle pour le pouvoir conclut à l’incapacité atavique de l’Africain à la maturité et à la responsabilité.

Les greffes des systèmes politiques et de socialisation, héritées de la culture dominante dans sa visée expansionniste, les appareils idéologiques et leurs systèmes répressifs, les médias et les clubs à caractère prétendument humanitaires, sont au cœur des systèmes démocratiques de pacotille décrétées en Afrique noire comme modèles d’accès à la performance sociale et économique collective.

L’Afrique indocile, l’Afrique profonde, rebelle mais authentique n’aura pas trouvé son compte dans cette énième nègrerie ayant pour enjeu le déterminisme de toute la gente nègre. ADO n’a pas grandi la CI en faisant de ce pays la fille aînée de la France en Afrique ; il n’aura pas grandi l’Afrique non plus. Ainsi vécue, la crise post-électorale en CI consacrera pour l’Afrique sans doute, l’ère des guerres civiles d’obédience géostratégique à effets ambivalents : destructo-restructurants. De la logique de ces guerres, inévitables malheureusement, émergera en filigrane, pour se consubstantialiser, une nouvelle Afrique, mieux pensée parce que forgée dans l’horreur de la césarienne et de la vivisection de ses fils immolés et certainement mieux dessinée parce que sortie victorieuse de la seconde guerre de libération, de la seconde indépendance de l’Afrique. Une Afrique enfin émancipée. L’auto-institution des communautés historiques s’impose comme critère d’émergence de la Nation ou alors, l’Afrique ne sera plus… ou plutôt, sera un champ de génocides. Pour cela, il nous faut entrer dans l’ère du travail de la pensée.

 

[1] Cf. Article 5 de la loi n° 2001-634 du 9 octobre 2001 portant composition, organisation, attributions et fonctionnement de la Commission électorale indépendante.

[2] Pour sa première tournée en Afrique au sud du Sahara, Sarkozy a atterri à Dakar précédé d’une très mauvaise réputation - celle d’un homme politique agité et dangereux, cynique et brutal, assoiffé de pouvoir, qui n’écoute point, dit tout et le double de tout, ne lésine pas sur les moyens et n’a, à l’égard de l’Afrique et des Africains, que condescendance et mépris. En effet, le discours rédigé par son conseiller spécial Henri Guaino et prononcé ex-cathedra et ad nauseam par Sarkozy à l’UCAD offre un excellent éclairage sur l’imperium colonial, son pouvoir de nuisance quand il peint une Afrique de l’enfance où le noir n’est pas suffisamment entré dans l’Histoire. Sarkozy viole par là le haut lieu saint et mystique de l’intelligentsia africaine qu’est l’UCAD.

 

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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 18:29

La crise politique qui secoue la Côte d'Ivoire depuis près d'une dizaine d'années a révélé au monde entier que les grandes puissances mondiales en tête desquelles la France et les Etats-Unis n'ont aucun respect pour les pays en voie de développement. La nature des propos tenus par le président français Nicolas Sarkozy au lendemain du 2ème tour de l'élection présidentielle de la Côte d'Ivoire ont montré que la France et les autres puissances occidentales n'ont cure de la souveraineté de nos Etats. Au nom de quoi le président Sarkozy peut donner des injonctions à un Chef d'Etat élu par la population de son pays? A quel titre peut-il demander aux Chefs d'Etat africains d'envoyer des soldats dans un autre Etat souverain pour le déstabiliser?

Nous constatons malheureusement que monsieur Sarkozy est en train d'imposer ses vues à l'Union Africaine au grand mépris de la Constitution ivoirienne. Nous croyions que l'Union Africaine qui s'était saisi du dossier de la crise ivoirienne allait l'examiner avec un autre regard. Nous nous apercevons que le Conseil de sécurité de l'Union Africaine par le biais du panel des chefs d'Etat africains n'a pas eu une grande marge de manoeuvre qui lui aurait permis de traiter avec objectivité ce dossier, les pressions des bâilleurs de fonds de l'Union Africaine étant trop fortes. A cette allure, cette grande institution panafricaine risque de perdre sa crédibilité auprès des nationalistes africains décidés à mettre définitivement un terme  à l'infantilisation et à la spoliation de notre continent. L'Union Africaine tout comme l'ONU risque de devenir si elle ne l'est déjà "un machin" au service des grandes puissances impérialistes.

Sarkozy et ses amis occidentaux peuvent-ils accepter qu'on marche sur leurs constitutions? Pourquoi faut-il qu'ils imposent à nos pays ce qui n'est pas admissible chez eux? Au nom de quels principes foulent-ils ainsi au pied nos institutions?

Jusqu'à quand les Africains vont-ils encore accepter de subir la dictature des puissances occidentales?

Si l'Union Africaine ne se ressaisit pas très rapidement en cessant d'être le bras séculier de ceux qui nous infantilisent et nous exploitent, la nouvelle génération des chefs d'Etat africains vont travailler à la dissolution de cette organisation.

Il est temps que tous les nationalistes africains se mobilisent contre la recolonisation de notre continent, victime de ses ressources naturelles.

 

 

Ekoko Song

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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 16:02

Comprendre le Mvet à partir du récit de Zong Mindzi Mi Obame ( Paul MBA ABESSOLE)

 

 


Le Président du Rassemblement Pour le Gabon (RPG), Paul Mba Abessole vient de publier un nouvel ouvrage

 

 sur le Mvet aux Editions L'Harmattan-Gabon. Cette publication compte une centaine de pages. Avec  la méthode linguistique, Paul Mba Abessole a lu pour nous un récit d'un des grands diseurs de Mvet du Gabon, Zwè Nguéma.

Par cette porte, le leader du RPG veut nous faire entrer dans l'univers du Mvet et nous faire découvrir les richesses de ce genre d'itinéraire. Il inaugure, avec cet essai, une approche du Mvet, en partant d'une analyse typologique d'un texte.

 

Nous rappelons que l'auteur est Docteur en Linguistique (Paris X Nanterre), Docteur en Théologie, exégète (Université Paris-Sorbonne, Sciences des religions). Dans cet ouvrage, Paul Mba Abessole veut communiquer son enthousiasme pour l'étude du Mvet et tout ce qui concerne les cultures africaines.

 

Ce livre est disponible au siège du Rassemblement Pour le Gabon. Il est absolument à lire.

 

A titre de rappel, Paul Mba Abessole a déjà publié, entre autres:

- Aux sources de la Culture Fang;

- La coutume: source du changement

- La Mathématique Gabonaise: le système comptable Fang

- Le Gabon ou le malentendu permanent

- Journalisme et Démocratie

- La Langue Fang aux éclats

- Le mariage traditionnel

- Jésus et les partis politico-religieux de son temps

- Le Gabon: quel développement durable?

 

 

Léonard MBA ESSOGHO

 

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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 23:25

Paul MBA ABESSOLE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE COURAGE DE CHOISIR

 

 

 

 

LETTRE A TOUS.

 

Je ne parcours ni les quartiers, ni le pays, ces derniers temps. Beaucoup se demandent ce que je pense, parce que je ne m’exprime guère dans la presse. Je laisse cela à d’autres qui se targuent d’être des opposants aujourd’hui alors qu’ils ont participé activement au pillage de notre pays et n’ont usé de leur intelligence que pour empêcher le Gabon d’avancer. Ils savent ce qu’ils ont fait, on ne peut pas se mentir à soi-même. On peut jouer la comédie, mais personne n’est dupe, depuis les adultes jusqu’aux jeunes qu’à tort on croit ignorants.

 

 J’ai choisi de garder le silence non par désintérêt de ce qui se passe, mais pour écrire sur certains sujets que j’estime importants et sur lesquels d’ailleurs j’ai donné un avis, dans le passé. Malheureusement, les mots se sont envolés ; ceux qui m’ont écouté, pendant des années, les ont oubliés. Je regrette de n’avoir pas décidé d’écrire plus tôt, car si je l’avais fait, on ne se demanderait pas ce que je pense aujourd’hui. Je crois avoir pourtant répété les mêmes idées, les mêmes convictions, depuis plus de vingt ans.

 

 Des ragots me parviennent. Certains relèvent de l’intoxication, d’autres de la haine gratuite et des mensonges flagrants. J’entends dire que Mba-Abessole fait des voltes face. Les mots français n’ont plus de sens dans notre pays. Qu’on me dise : entre celui qui pilote une pirogue et qui évite les vagues pour que celle-ci ne chavire pas, tout en restant dans son embarcation et celui qui quitte sa pirogue pour aller dans une autre, lequel des deux est changeant ? C’est bien celui qui quitte sa pirogue pour monter dans une autre ! Il y laisse les passagers à la merci des flots. Je m’étonne que certains se disent « garçons » alors qu’ils ont déserté leur parti politique. Je ne sache pas qu’on ait déjà entendu dire que Mba-Abessole a changé de parti politique. Mon parti, à travers les vingt dernières années, est resté sur sa ligne idéologique. Il défend toujours les mêmes idées sur l’homme, l’éducation, la santé, l’organisation des élections et son ambition pour le Gabon.

 

 Qui a fait volte face ? Paul Mba-Abessole ou celui qui, naguère, disait que l’école cadeau était impossible et qui la trouve possible aujourd’hui ? Je trouve dans tout cela des vociférations de corrompus, de prostitués et de dépressifs ! Je voudrais mener de vrais débats sur le Gabon. Je défie quiconque de parler d’un programme pour le Gabon, aujourd’hui, sans rejoindre tout de suite les idées de Paul Mba-Abessole. Ceux qui nous ont quittés, au lieu de dire qu’ils avaient faim et qu’ils voulaient aller manger ailleurs,  nous parlent de changement d’orientation du parti. De quel changement s’agit-il ? Personne n’est naïf. J’affirme qu’ils ont touché de l’argent pour quitter Mba-Abessole. Mais ils ne savaient pas que quand on trahit un innocent, il y a toujours un témoin secret qui voit et enregistre le contenu de l’enveloppe.  J’en connais de mes faux amis qui ont tout perdu à cause de leur bêtise avec des escrocs, envoyés dans leurs pattes par nos adversaires. Ces derniers leur ayant promis de les rendre milliardaires, ils ont stupidement dilapidé les biens qu’ils avaient eus grâce au Rassemblement. N’est-ce pas, Monsieur… ? On ne se moque pas impunément du Rassemblement Pour le Gabon ! Celui qui veut faire la polémique, qu’il sache que je suis capable d’en faire. Mes trente ans de lutte m’ont de connaître les uns et les autres. J’ai des  choses à dire. Bref, le temps de la polémique sévère viendra, si on veut l’engager avec moi. J’ai mes dossiers, résultats de plus de trente ans d’investigation. J’ai eu des informations de tous les contacts que j’ai eus avec les uns et les autres. J’ai aussi beaucoup de renseignements que je tiens d’Omar Bongo Ondimba. Je sais qui faisait quoi, qui était dans la nasse d’Omar, qui était respectable ou pas. Celui qui dégainera doit savoir qu’il sera face à mille soldats. Bref, le but de ce message n’est pas la controverse, mais la clarification de certaines choses pour les jeunes à qui on raconte n’importe quoi. Il le faut, car les lâches et les traîtres d’hier se présentent aujourd’hui comme des héros devant les jeunes parce que ces derniers ne savent pas ce qui s’est passé depuis 1946.

 

Pour l’instant, je voudrais parler sereinement avec celui qui veut bien avoir la gentillesse de me lire. Je me permets d’adopter un ton intimiste. Mon âge me le permet, n’est-ce pas ? Tu t’appelles Sébastien, Hélène, Omar, Aminata ou Mevengo. Je t’invite à la plage pour nous asseoir sur un banc face au Restaurant « Le Phare du large ». Tiens, les bancs sont peints en bleu marine sur décision du maire Jean-François Ntoutoume Emane de la tribu Essanang. Il a choisi cette couleur  probablement parce qu’il est né près de la mer à travers laquelle il voit Libreville. Une façon d’exprimer sa nostalgie des chants des piroguiers Essanang, Ebifil, Essissis, Yendjü, traversant, au rythme de leurs pagaies, l’Estuaire à partir de Metekmavi, Chinchoua,  Nyonye, Bissobinam, Atondossimba, Mekokmebon et Mfoulenzem. Quand j’étais à la tête de la Mairie de Libreville, j’avais, moi, demandé de les peindre en bleu ciel, parce que je voulais qu’on voie Libreville à travers ce bleu. Je voulais que notre Capitale brille, dans le ciel, comme une étoile et que tout le monde l’aime, comme Owoula Nzame aimait Elombanyame.

 

Je souhaite que notre entretien se fasse dans la décontraction. Pour cela, situons-nous au-delà des préjugés et des on-dit qui nous empêchent de parvenir à la vérité, laquelle vérité, seule, nous permet de prendre de bonnes décisions. Nous transgresserons des tabous, s’il le faut, nous devons avancer. Chacun de nous se présentera d’abord, fera connaître son histoire personnelle, car on ne peut pas parler valablement de notre histoire nationale si nous ne connaissons pas notre histoire personnelle. Je n’aime pas avoir affaire à des gens qui vivent dans la peur permanente de voir dévoilées leurs turpitudes. Je commence. Puis tu feras comme moi et ensuite nous engagerons le dialogue.

 

 Je m’appelle Paul MBA-ABESSOLE. Un nom dont beaucoup ont fait un programme politique. Pour eux, plus ils l’auront sali, plus ils vont faire avancer le Gabon ! Fort heureusement les fils de la lumière sont là pour témoigner. Il faut savoir qu’aucun de ceux qui ont participé à l’avilissement du Gabon ne peut aimer mon discours ni entendre parler de moi. Je suis né, le 9 octobre 1939. Comme tu peux le constater, je suis dans mes soixante onzième années. Je n’ai pas encore l’âge d’Abraham qui avait cent ans, lorsque Dieu lui a promis un enfant. Abraham « se dit en lui-même - Un homme naîtrait-il d’un homme de cent ans - ? » (Gn 17, 17). Tu vois donc qu’un homme de Soixante dix ans a toujours de l’avenir. Tiens une petite ouverture cabalistique, pas compliquée : 70, en hébreu, est représenté par « ayin »,  seizième lettre de l’alphabet hébraïque. Ayin veut dire « œil » et « source », et 71 = 70 (ayin) + 1 (aleph). Interprétons : l’œil de l’unité ou la source de l’unité. Je suis donc à l’âge où on doit être fédérateur des différences. Concluons : je dois être la lumière qui éclaire et la source qui désaltère. Amusant, n’est-ce pas ? Je suis né dans un village qui s’appelait Nyungako II. Ce nom est, en réalité, composé du nom « nyung = arc-en-ciel) et du verbe « e kohobe = s’arc-bouter ». Le nom signifie donc le village où  « l’arc-en- ciel est arc-bouté », et ce village était le deuxième qui portait ce nom dans le troisième canton du Como Kango. Dans le même ordre d’idée, le chiffre deux est représenté par la lettre « beit (b) = maison ». Je n’insiste pas, je veux te montrer simplement que je me suis efforcé d’approfondir mes connaissances sur moi-même. Et tout cela a une relation avec ce qu’on m’avait dit - et dont je me souviens encore -, à mon initiation au Melan, l’initiation par excellence chez les fang. Avant d’aller à l’école coloniale, j’ai appris à lire la langue fang avec mon père qui était catéchiste. Je lis et écris le fang couramment. A cela, j’ai ajouté mes études de linguistique avec spécialisation dans les langues africaines dont la méthode d’étude est spéciale. La méthode de Saussure est inopérante pour ces langues.

 

J’ai complété ma formation multidimensionnelle à l’université symbolique que j’appelle « Université d’Akaméssatouck ». J’ai eu comme maîtres : Manfred Mendame Ndong, de Keng-akok (G9), Jean-Baptiste Mebiame de Sougoudzapville(G9), Emmanuel Mba Allogo de Bolossoville (G9), Paul Avine Minso de Ndzengayong (G6), Martine Mendome d’Andock (G6), Matthias Awong d’Abenelang (G6), Albert Metembe de Nsia (G6), Léon Anzele de Makokou (G6), Vincent de Paul Nyonda de Fougamou (G4), Jules Sandoungout de Franceville (G2), Gabriel Evoung de Ntsengkele G6), Victor Mendume de Messè (G6), Gabriel Beko d’Ayulmebang (G6), Paul Ndong Minko de Nzafieng (G6), Raphaël Obame de Bissobinlam (G6), Nkoghe-Obiang de Nzamalighe (G1), Paul Ntoma de Toulon (G9) Boussougou de Mocabe (G5), Ferdinand Moundounga de Moabi (G5) Thérèse Zémo Zang d’Angone (G9), Luc Oye de Nkang (G9), Yves Evouna de Mbenga (G9), Casimir Menye d’Afon (G9), Raphaël Essaba de Sam (G9), Mgr François Ndong de Libreville (G1), Mgr Cyriaque Obamba de Lambaréné (G3), Mgr Félicien Makouaka de Dibwangui (G4), Mgr André-Fernand Anguilè de Libreville (G1), Jean-Hilaire Aubame de Libreville (G1), Albert-Bernard Omar Bongo Ondimba de Bongoville (G2), les Mères Maria Pia de Libreville (G1), Cécilia de Libreville(G1), Clementia de Lambaréné (G3), les Abbés Charles Aboghe Mba d’Engongom (G3), Aloyse Eyeang Mintsa d’Andock Foula (G1), Joseph Mintsa d’Angone (G9).

 

J’ai appris à connaître en profondeur les membres de ma famille. J’ai obtenu un certain nombre d’informations sur chacun d’eux. Je sais qui est véritablement de mon clan, de ma tribu. Je connais les enfants légitimes, adoptés et adultérins ; j’ai été informé sur les circonstances de la naissance d’un bon nombre d’entre eux. Mais malgré cela, dans ma famille, personne ne regarde l’autre de haut. Nous avons reçu la même éducation qui nous  a socialisés. Et nous nous regardons comme des frères égaux.

 

 Tu pourrais croire que je cherche à me surfaire. Pas du tout. Se surfaire ne change rien de ce qu’on est. La vérité, c’est la vérité, le reste n’est qu’habillage. Je continue encore un peu. Mon grand-père était un guerrier. Ce disant, j’affirme qu’il a tué d’autres êtres humains,  sinon on n’aurait pas dit qu’il était guerrier. Ce que je dis de lui vaut aussi pour mes oncles Effack qui étaient de grands guerriers. Lui et eux étaient des tueurs d’hommes. Et l’on doit savoir que quiconque entre dans l’armée devient un tueur d’hommes en puissance, sinon, il ne serait pas soldat. On sait que, durant les guerres, on tue et torture souvent injustement. Mais il existe un accord tacite que tout le monde accepte. Je ne condamne pas la guerre a priori, mais je sais qu’il est difficile d’en établir rationnellement la légalité et la légitimité.

 

J’ai fait des études pour devenir prêtre dans l’Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, en sachant bien qu’au cours de son histoire ancienne et contemporaine elle n’a pas toujours été une communauté d’amour, que ses serviteurs, depuis le sommet de la hiérarchie jusqu’à sa base, n’ont pas toujours été des exemples. Je dois dire que je n’attendais pas d’eux qu’ils soient mes modèles, une fois devenu adulte par mes études. J’ai compris très tôt qu’un seul est modèle, c’est Jésus Christ. Ni les Papes, ni les Evêques, ni les prêtres ne sont des saints ou plutôt si, mais ils ne le sont que dans la mesure où Dieu leur a pardonné leurs péchés. Un saint n’est pas celui qui ne fait pas de péchés, mais celui à qui Dieu a pardonné ses péchés. Les critiques que l’on peut adresser à l’Eglise catholique ou à ses serviteurs n’ébranlent nullement ma foi, et je ne ferais brûler personne à cause de cela. Je crois être un homme libre. Mais j’ai des arguments – je m’y suis préparé pendant des années- pour répondre à nombre de critiques fondées et infondées contre cette Eglise. Il faut savoir défendre sa mère, même quand elle a tort. Un avocat ne défend pas un criminel, mais l’être humain qui est dans un criminel. Je m’arrête là et te laisse te présenter aussi. Présente-toi, comme je l’ai fait. Dis-moi ce qui fait ta vérité. Tu me dis ce que tu veux. L’essentiel pour moi est de savoir que tu as compris l’importance de ton histoire personnelle qui doit être le support de notre histoire commune du Gabon. Cet exercice que je te demande est nécessaire pour chaque gabonais. Si tu le fais bien, tu seras en mesure de discuter avec tout le monde sans complexe. Dis-toi à toi-même ce que tu es, base de ton devenir.

 

Tu es :

 kota, mahongwe, saké, dambomo, o yemua !

punu, gui sir, merambugha !

ndzèbi, aduma, o masohogha !

téké-obamba, wè manizuga !

orungu, nkomi, galwa : mboloani !

pubvi, o matumgha !

tsogo, apindji : bokayé (o timoya) !

vili, lumbu, wandji, varama, kanangui, okandé, simba, bongom,

akele, bakwele, batwa, sekiani, vungu, mbolo !

haoussa, sanu!

fang, makina, mbaba kire !

 

Que ceux que je n’ai pas cités me pardonnent. Ils sont aussi bien présents dans mon cœur. Ce que je souhaite, c’est que chacun garde et entretienne sa langue maternelle. La langue maternelle est celle qui protège, ouvre le monde à nous, nous donne le statut de citoyen. C’est elle aussi qui est notre première source de connaissances. Chacune d’elles véhicule pour nous, depuis des siècles, des savoirs que nous devons redécouvrir. Si une seule disparaît, ce serait avec son monde des savoirs. Une véritable catastrophe pour nous !

 

A toi, la parole. Dis-moi ce dont tu n’as pas honte. Mais, après, tu te diras à toi-même tes origines. N’aie pas peur de te dire la vérité, pour te libérer. Le nom de ton père géniteur, adoptif ; si tu es un enfant adultérin, illégitime ou incestueux, avoue-le à toi-même. Ce sont des choses que nos communautés culturelles connaissent depuis longtemps Si tu es né de quelqu’un qui n’est pas bien, accepte-le, même s’il t’a abandonné. Le nom de ta mère ? Tu dois savoir comment elle t’a eu ; était-elle mariée ou pas ? Est-elle ou était-elle péripatéticienne ? Ce que je te demande, c’est un bain psychologique. Continue à te poser des questions toi-même afin que tu sois un homme ou une femme. Tu sais, j’ai fouillé dans la vie de mon père que j’ai fini par savoir qu’il était né dans la forêt où mes grands-parents avaient fui à l’annonce de la guerre de 1914-1918. C’est pour cela que mon village actuel s’appelle « Ayeme-Agoula, Pont Central-la forêt »… Bien. Je t’ai écouté attentivement. Je pense que tu t’es libéré. Ainsi après nos deux présentations, nous pouvons, pour avancer, aborder = quatre = sujets sensibles qui empoisonnent nos existences : « Tout sauf le fang, le népotisme,  le tribalisme et le sectarisme politique ».

 

D’abord, le slogan dévastateur « Tout sauf le fang ». Nous devons en rendre le débat public, il faut en finir une fois pour toutes. Que les fang en discutent entre eux, les non fang entre eux et ensemble les fang et les non fang. Ce slogan était murmuré, il y a quelques années ;  personne n’y faisait attention. Aujourd’hui, il a pris de l’ampleur. On en parle de plus en plus ouvertement, sans gêne. Il s’est transformé, à l’heure actuelle, chez certains, en une sorte de haine viscérale, tellement forte qu’elle ne permet plus une discussion sereine. Nous ne pouvons pas en rester là. Il faut débattre avant qu’il ne soit trop tard. L’avenir de notre pays en dépend. Nous nous trouvons devant une sorte de nazisme, idéologie d’un parti politique fondé en Allemagne en 1920. Cette vision divisait hiérarchiquement l’espèce humaine en races, au sommet de laquelle se situait la « race aryenne ». Je ne veux pas rapporter ici tout ce que j’ai pu entendre à ce sujet. Inouï ! Le principe du nazisme est de s’opposer à quelqu’un, de l’exclure socialement, politiquement, économiquement parce qu’il appartient à une autre race, à une autre religion, sans tenir aucun compte de ses compétences, du fait qu’il est un être humain comme nous. Cela se ressent dans tout le pays. Chacun se replie chez soi. C’est pire qu’un simple repli identitaire où un groupe se recroqueville sur lui-même pour défendre sa spécificité menacée par d’autres.

 

Tu es peut-être partisan de ce slogan. C’est ton droit, mais il faut que tu le déclares publiquement et que tu donnes tes arguments que je ne condamne pas a  priori ; il faut discuter. En attendant, je te dis qu’on ne peut pas exclure presque 40% de la population des postes de responsabilité sans arguments valables. Si c’est par simple peur, sans raison, je dis que tu peux t’en libérer. Tu as été en pays fang comme fonctionnaire, tu sais combien ils t’ont bien reçu et combien ils t’ont honoré dans tes fonctions. Je n’ai jamais entendu dire par un non fang qu’il avait été maltraité dans ses fonctions en pays fang. Qu’attendais-tu des fang qu’ils ne t’ont pas donné ? A partir du moment où tu n’as aucune raison valable de haïr quelqu’un, tu dois changer d’attitude vis-à-vis de lui, sinon tu te fais du mal à toi-même et à tes enfants. Et même si tu as des raisons valables, tu ne peux pas couvrir un groupe humain d’opprobre à cause des manques de certains de ses membres. Chacun doit être responsable de ses actes. Personne ne doit subir les conséquences des actes posés par d’autres.

 

Je t’ai écouté attentivement, mais tu ne m’as pas donné un argument convaincant. Moi, je vais t’en donner un à partir duquel je souhaite qu’on engage une réflexion nationale pour arriver à une réconciliation. Le vrai problème est celui des enfants que les fang ont abandonnés dans le sud du Gabon. Imagine-toi : tous les fonctionnaires fang qui ont travaillé, dans le sud du Gabon, y ont laissé, chacun, au moins deux enfants, depuis cinquante ans. Cela fait un bon nombre, tu en conviens. Ces enfants savent qu’ils sont nés des fang, leurs mamans le leur ont dit. On devine l’état psychologique d’une femme abandonnée, avec un ou plusieurs enfants. Parce que frustrée, elle en veut nécessairement à l’homme qui l’a abandonnée. De plus, elle inscrit cette haine dans le cœur de ses enfants. Ces derniers, pour bon nombre, intelligents, ont fait de grandes études et occupent, aujourd’hui, de hauts postes dans l’administration. Frustrés comme leurs mamans, ils ne peuvent qu’être contre leurs pères fang défaillants et, par conséquent, déversent ce ressentiment sur tous les fang qui, à leurs yeux sont mauvais, méchants, arrogants.

 

Quelle solution proposer ? Simple, pour moi. Il faut que les fang qui ont laissé des enfants dans le sud du Gabon les retrouvent, les reconnaissent pour qu’on en fasse un inventaire complet. Les enfants eux-mêmes peuvent se déclarer si leurs mamans sont mortes. Le premier devoir est de reconnaître, ensuite procéder à une indemnisation symbolique afin de réconcilier les familles. Ainsi mettrons-nous fin à tous les ressentiments que nous connaissons. L’Etat, à mon avis, doit apporter sa contribution pour arriver à cette réconciliation générale.

 

Ensuite le népotisme. Il vient du latin « nepos, tis » et désigne, de nos jours et par extension,  une pratique qui, pour un responsable élu, haut fonctionnaire, notable, dirigeant d’entreprise, consiste à distribuer des honneurs, des avantages ou des postes, à des membres de sa famille, à des amis ou à des proches plutôt qu’aux personnes qui y ont droit ou qui sont les plus compétentes. Cette pratique est malheureusement généralisée chez nous. On voit, à certaines fonctions, dans l’administration, des hommes et des femmes qui, manifestement, ne sont pas à même de les assumer. Naturellement, pour cacher leur incompétence, ils sont arrogants et n’acceptent aucune remarque, aucune proposition des collaborateurs. Les résultats de cette pratique sont évidents : une administration incompétente, inefficace, paresseuse. A cause d’elle, l’Etat est bloqué en bien des points.

 

Troisièmement, le tribalisme. Il est basé sur une organisation de la société fondée sur l’appartenance des individus à des clans ou à des communautés culturelles. Je constate qu’il a gagné du terrain, malgré les déclarations des uns et des autres sur le mal que cette pratique fait à notre pays. On accuse naturellement les autres d’être tribalistes, mais on ne l’est pas soi-même. Certains comportements par rapport à ce mal donnent une impression de résignation.

 

 Il me vient à l’esprit un témoignage d’une jeune fille à la recherche d’un emploi, après de bonnes études à l’étranger. Elle s’est présentée à un directeur des ressources humaines dans un secteur d’activité. Ce fonctionnaire, d’une autre communauté culturelle qu’elle,  sans la moindre gêne, a dit à la jeune fille – Pourquoi te présentes-tu à moi au lieu d’aller vers tes frères d’ethnie ? La pauvre a été sidérée de cette réponse aussi irresponsable que saugrenue. On peut imaginer tout ce qu’elle a pu penser de notre administration et du groupe culturel de ce fonctionnaire. On peut multiplier des témoignages semblables dans tous les secteurs d’activité de notre pays.

 

Enfin le sectarisme politique. Nous vivons un sectarisme politique sans précédent. On voit tout à travers les partis politiques ; les hommes et les femmes, dans notre pays, n’ont plus de personnalité, on les identifie tous à des partis politiques qui, de ce fait, se sont transformés en véritables prisons. La vraie identité d’un individu, ce n’est plus son nom, sa date de naissance, les noms de ses parents et sa profession, mais l’appartenance ou non à un parti politique. C’est en fonction de cette appartenance que tu es agréé.

 

Dans ces quatre domaines, des abus innombrables. On ne pense plus au pays. Chacun se remplit les poches le plus possible. Mais rien ne se fait pour le bien de l’ensemble. Tout le monde s’en plaint, mais personne ne fait rien. J’ai entendu de hauts responsables de notre pays se lamenter sur le fait que les enfants regardent n’importe quoi à la télévision. Ce n’était pas ainsi quand ils étaient enfants, disent-ils. Je leur réponds que si on ne voyait pas de mauvaises images « en leur temps », c’est parce que les responsables politiques d’alors avaient pris des décisions à ce sujet. Il ne tient donc qu’à eux de prendre des décisions pour que les choses changent. Si le Gouvernement dont la tâche est de prendre des décisions passe son temps à se lamenter, qui va alors décider ? Chacun croit faire la politique, comme on dit. On fait des réunions dans les quartiers, on distribue de l’argent pour se faire bien voir en vue  des prochaines élections. On ne pense pas au travail à réaliser, mais aux élections. Chacun est déjà en train de confectionner ses listes pour 2011. Mais la « Baie des cochons » est toujours là. De moins en moins d’enfants vont à l’école par manque de moyens financiers. Dans les hôpitaux on soigne peu ou mal, alors que nous avons des médecins compétents. On ne prend aucun problème à bras le corps comme on dit pour le résoudre durablement. Toujours la fuite en avant. On continue à faire  la politique, mais pour qui ? Et pour quoi ?

 

 Nous avons connu, pendant la colonisation, un système politique multipartiste. Il marchait bien, parce que la puissance coloniale veillait pour maintenir l’ordre et la paix. Nous étions donc sous surveillance. Toutes les élections se passaient bien dans le calme et la sérénité, dans la transparence, sans violence. Puis l’indépendance est venue dans les conditions que nous savons. Et à partir de 1963 ont commencé les tensions qui ont entraîné le coup d’Etat de 1964 dont on connaît mal les dessous. Je sais un certain nombre de choses que je tiens d’Omar Bongo Ondimba. Léon Mba n’aura dirigé vraiment le Gabon qu’entre 1960 et 1963. A partir de 1965, il était malade  et se battait contre la maladie qui le rongeait et contre ses frères fang. Il est mort sans avoir pu mener jusqu’au bout un seul de ses grands projets.

 

Albert-Bernard Omar Bongo Ondimba lui succéda. Il analysa la situation et arriva à la conclusion qu’il fallait dissoudre tous les partis. Ce qu’il fit et il en créa un, le Parti Démocratique Gabonais (PDG), en 1968. Il mit en place le système du monopartisme, pensant en finir définitivement avec les tensions. Ce système a duré vingt trois ans et a montré aussi ses limites, avec tous les abus que tout le monde a dénoncés : le tribalisme, le népotisme, l’occupation des postes dits juteux réservés seulement à un groupe, les détournements des fonds publics, les violations des droits de l’homme, les crimes impunis, etc.  etc.

 

C’est ainsi qu’on est revenu au multipartisme en 1990, dans le désordre, de mon point de vue. Nous sommes sortis de la Conférence Nationale sans un consensus prospectif et durable. On a écrit des textes fondés non pas sur la réalité de notre vie, mais sur des vœux basés sur des choses extérieures. Nous vivons ce multipartisme depuis une vingtaine d’années. Nous nous rendons compte de ses limites aussi. Nous y retrouvons ce que nous avons reproché au monopartisme, parfois même en pire. Nous continuons à nous poser la question de savoir ce qui nous permettrait de nous en sortir. Nous avons l’impression d’avoir tout essayé. On ne sait plus quoi faire. Allons voir chez les autres. Allons à Athènes dont, dit-on,  serait partie la démocratie.

 

Reportons-nous au VIè siècle av JC, plus exactement en 508, année où Clisthène, père de la démocratie grecque, lança sa réforme. Il a introduit, dan la gestion politique d’Athènes, la discussion et la libre expression dans un cadre, appelé « dème » que l’on a traduit improprement « peuple » ; en fait, c’est une circonscription administrative minimale à partir de laquelle commençaient les discussions libres. Tout le monde pouvait y participer. Chacun s’exprimait librement, même les métèques (de meteikos = étranger dégrossi, contrairement au barbaros = paysan, non dégrossi). Le métèque était un étranger domicilié à Athènes. Lorsqu’une guerre prolongée, une colonie  ou tout autre événement avait diminué le nombre des citoyens, c’était dans les rangs des métèques qu’on choisissait des individus pour remplir le vide.

 

L’objectif de Clisthène n’était ni de construire l’unité nationale, ni de promouvoir les droits de l’homme, mais de gagner les guerres. Il avait, en effet, constaté qu’Athènes perdait les guerres contre ses ennemis, surtout celles contre Sparte, parce que le bas peuple, pliant sous le poids des inégalités sociales, n’y était pas impliqué et, de ce fait, ne s’intéressait pas à ce qui se passait, contrairement à leurs ennemis qui combattaient tous pour la patrie. Il avait besoin d’une organisation des citoyens en plusieurs instances dont celle de base était le dème (dêmos), circonscription administrative. L’exercice du pouvoir commençait par la liberté d’expression à l’intérieur du dème (dêmos = dême, cratos = commandement). Le principe de la même loi (isonomie) pour tous a fait prendre conscience à chacun qu’il était important et que son avis était nécessaire pour la marche de la cité. Dès lors tous pouvaient se mobiliser pour défendre Athènes, le cas échéant.

 

Cette réforme de Clisthène fut méritoire, mais on peut se demander si les mentalités avaient vraiment changé, puisque 109 ans exactement plus tard, Socrate, le philosophe, a été condamné en 399 av JC, parce qu’il initiait ses interlocuteurs à la réflexion et à la liberté d’expression. Chose étonnante, aucune voix ne s’était élevée pour le défendre. Cela veut dire qu’à cette époque, Athènes n’était pas bien avancée dans la gestion politique des hommes et des idées. En effet, les deux raisons de la condamnation de Socrate étaient ridicules. Reportons-nous à « L’Apologie de Socrate ». La première : « Socrate est coupable de travailler témérairement à scruter les choses qui sont sous la terre comme celles qui sont dans le ciel, à faire de la cause la plus faible la cause la plus forte et d’enseigner à d’autres d’en faire autant ». Socrate voulait éduquer son peuple, mais les chefs politiques ne le voulaient pas. Un pouvoir intolérant qui voulait maintenir ses citoyens dans l’ignorance. Il ne peut donc pas être regardé comme un modèle pour l’humanité. Socrate n’a pas d’avocat, car tous sont contre lui ; il répond lui-même à cette accusation et affirme qu’il ne se fait pas payer comme les Sophistes. « Non, voyez-vous, dit-il, ces griefs ne tiennent pas debout ! Pas davantage, en vérité, n’avez-vous entendu dire à personne que j’entreprenne de faire l’éducation des gens et que j’exige de l’argent pour cela : voilà encore qui n’est pas exact ».

 

 La deuxième accusation contre Socrate a deux volets : corrompre la jeunesse et ne pas croire aux Dieux de l’Etat. Socrate y répond : « C’est spontanément que s’attache à moi la jeunesse, celle qui a le plus de loisirs, celle des familles les plus riches, heureuse d’entendre soumettre des gens à un examen, m’imitant maintes fois et s’essayant, par la suite, à examiner d’autres gens ». A l’accusation de ne pas croire aux Dieux de l’Etat, il réplique : «… mon adversaire, pour moi, c’est évident, se contredit lui-même dans sa plainte, qui équivaut à dire « Socrate est coupable de ne pas croire aux Dieux, tout en croyant cependant aux Dieux ! Or c’est bien là le fait de quelqu’un qui s’amuse ». Socrate termine ainsi son plaidoyer : « Oui, Athéniens, je crois en eux (Dieux) comme ne fait aucun de mes accusateurs, et je m’en remets à vous, ainsi qu’au Dieu, de prendre à mon sujet la décision qui devra être la meilleure pour moi comme pour vous ».

 

La condamnation de Socrate montre que la société d’Athènes est injuste, corrompue et intolérante. Ses responsables sont des incompétents. Mélètos, défenseurs des poètes, Anytos, des hommes de métiers et des politiques, Lycon, des orateurs sont incapables de tenir un discours cohérent. Les trois montrent à quel point la société athénienne est ignorante, on dirait plus exactement « nesciente ». C’est ainsi que vexés d’être mis à nu par Socrate, ils voulaient  en finir avec lui. La meilleure décision pour eux fut effectivement celle de la mise à mort du gêneur.

 

Les Athéniens ne voulaient pas reconnaître les vrais sages parmi eux. Un autre cas, avant Socrate, celui de Chérépon, un ami du peuple et qui, à cause de ses idées, a connu l’exil. En tout cas, à la lecture d’ »Apologie de Socrate », nous voyons qu’Athènes a une réputation surfaite. Le père de la maïeutique s’exclame : « O le meilleur des hommes, toi qui es Athéniens, un citoyen de la       ville la plus considérable, de celle qui, pour le savoir et la puissance, a le plus beau renom, tu n’as pas honte d’avoir le souci de posséder la plus grande fortune possible, et la réputation, et les honneurs, tandis que de la pensée, de la vérité, de l’amélioration de ton âme, tu ne te soucies point et n’y penses même pas ! »

 

Le jugement est clair. Nous ne pouvons pas trouver dans la démocratie athénienne un système politique qui nous convienne. Le système de la majorité est le principe de l’injustice et de la guerre. La vérité n’est pas synonyme du nombre. Un petit groupe peut avoir raison d’un grand groupe parce qu’il détient la vérité. C’est avec celle-ci qu’on bâtit la paix et l’unité.

 

Allons voir à Rome. Peut-être pourrons-nous trouver quelques éléments pour notre système politique au Gabon. Le système de Rome ne nous avance pas beaucoup non plus. Nous y trouvons malheureusement les mêmes tares qu’à Athènes.

 

 Nous pouvons avoir une idée précise du fonctionnement du système de Rome dans la condamnation, au premier siècle de notre ère, de Jésus de Nazareth. Rappelons d’abord qu’à cette époque, la Palestine était une colonie romaine. Ceux qui y exerçaient le pouvoir politique étaient des Romains. Le gouverneur en place était Pilate. Le pouvoir religieux était exercé par un grand prêtre qui s’appelait Caïphe. Contrairement à ses habitudes, dans ses colonies, Rome avait laissé aux Juifs la liberté de leur culte, mais, en contre partie, le pouvoir politique avait un droit de regard sur tout ce qui se décidait dans le domaine religieux. Notamment, les Juifs ne pouvaient pas condamner à mort quelqu’un des leurs sans en référer au pouvoir politique. En tout cas, il en était ainsi de la condamnation à mort. C’est ainsi qu’à  Pilate qui leur dit, dans l’évangile de Jean : « Prenez-le et jugez-le vous-mêmes suivant votre loi », les juifs répondent « Il ne nous est pas permis de mettre quelqu’un à mort » (Jn 18,31).

 

La condamnation à mort de Jésus est décidée d’abord par le pouvoir religieux : « Alors les grands prêtres et les anciens du peuple se réunirent dans le palais du Grand Prêtre, qui s’appelait Caïphe. Ils tombèrent d’accord pour arrêter Jésus par ruse et le tuer » (Mt 26, 3-4). Quelles sont les raisons de condamnation. On donne une raison politique pour émouvoir l’autorité coloniale –« Nous avons trouvé cet homme mettant le trouble dans notre nation : il empêche de payer le tribut à César » et une raison religieuse, celle qui mérite la mort selon la loi juive, pour se donner bonne conscience «  et (il) se dit Messie, roi » (Lc 23, 2-5). Il ne s’agit là que des prétextes. Pilate, l’autorité coloniale affirme bien « Je ne trouve rien qui mérite condamnation en cet homme » (Lc 23, 4) Sa femme lui a même demandé de ne pas se mêler de cette histoire : « Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste ! Car aujourd’hui j’ai été tourmentée en rêve à cause de lui » (Mt 27, 19). La vraie raison est, comme dans le cas de Socrate, est la jalousie « Car il (Pilate) savait qu’il l’avait livré par jalousie. »(Mt 27, 18).

 

Comme on peut le constater, Jésus de Nazareth a été condamné à mort par le pouvoir politique et le pouvoir religieux par jalousie. Nous savons que l’on n’a rien trouvé de sérieux ni solide du côté du pouvoir religieux pour condamner Jésus. On a cherché de faux témoins qui ne pouvaient pas convaincre. Le grand Prêtre a fait sa comédie en se déchirant les vêtements. Le pouvoir politique est encore plus coupable, car il savait qu’il n’y avait pas de raison de condamner Jésus ; il aurait donc pu le faire libérer selon la loi romaine qui disait que les juifs ne pouvaient pas condamner quelqu’un à mort sans en référer à lui. Il a été incompétent. Un pouvoir qui ne sait pas, qui a peur de défendre un faible est un pouvoir corrompu. Effectivement, le pouvoir religieux et le pouvoir politique se tenaient la main ; ils étaient certainement complices : l’un complice passif, Pilate le représentant de Rome, l’autre actif, Caïphe, le Grand Prêtre. Si bien qu’on peut dire que les deux pouvoirs politique et religieux sont également responsables de la condamnation à mort  de Jésus.

 

Ni à Athènes, ni à Jérusalem, sous la domination de Rome, aucune voix ne s’est élevée pour clamer l’innocence de Socrate et de Jésus pour réclamer qu’on les libère. Les femmes ont pleuré de compassion sur Jésus, mais n’ont pas eu le courage de demander la libération d’un innocent.

 

Alors où trouver alors un modèle de système politique. On aurait tendance à s’exclamer comme le psalmiste : « Je lève les yeux vers les montagnes : d’où le secours me viendra-t-il ? » (Ps 121, 1).

 

Non, il ne sert à rien de regarder vers le ciel. Restons sur terre. Notre solution est sur terre et, en particulier, au Gabon, entre nos mains, dans nos cultures. Ici, les partis politiques ne nous sont d’aucun secours. Ils nous ont poussés à abandonner nos valeurs pour faire de ce que nous sommes aujourd’hui : des déracinés sur notre propre territoire, des égoïstes, des sacrificateurs des êtres humains pour avoir des places. Leur création, en 1990, nous a fait faire un bond en arrière. Nous n’avons pas compris que les partis politiques, dans leur forme actuelle, dans le monde, ont été créés pour  les peuples qui n’avaient pas d’unités sociales de base organisées. Ils les ont créés pour remédier à ce manque. Il n’en est pas ainsi pour nous. Nous avons, nous nos communautés culturelles, comme unités sociales de base, à partir desquelles nous pouvons concevoir notre système politique adapté à nos mentalités. Elles ont chacune une langue, c’est-à-dire une bibliothèque dont les livres nous informent sur tous les domaines de la vie et sur la gestion d’un groupement humain. Nous avons nos valeurs de référence propres qui rejoignent en bien des points celles des autres peuples non seulement de l’Afrique, mais également du monde.

 

Nos communautés fonctionnaient sous le mode collégial dont le principe était la participation de tous à la discussion, chacun donnant son point de vue en toute liberté. On recueillait toutes les opinions et puis on allait à l’ « essok » ou le « nzimba » pour en faire une synthèse que tout le monde acceptait. C’est à partir de là que la décision finale se prenait et on passait à l’action. Le collégialisme part de la liberté d’expression de tous pour arriver à des solutions durables. Dans le système collégial, il n’y a pas de porte-parole, le porte-parole (député) déforme souvent la pensée qu’il rapporte, soit consciemment, soit inconsciemment. On préfère que chacun s’exprime soit par la communication linguistique soit par des gestes. L’erreur  ou le mensonge, pensait-t-on, ne peuvaient pas permettre de prendre de bonnes décisions. La seule bonne décision est le consensus. Toute autre espèce de décision ne peut qu’à la longue engendrer la violence dans une communauté.

 

Ainsi le  principe Majorité-Opposition, dans ce cadre, va-t-il contre le bon sens. Ce principe est basé non pas sur la vérité, mais sur la raison du plus fort. L’on sait que ceux qui sont plus forts ont toujours tendance à dominer les autres au lieu de les convaincre. L’autorité d’un chef vient de sa parole et non pas de ses richesses ni de sa force. La force du chef, c’est la raison, c’est la conformité aux valeurs sociales. Celui qui veut devenir riche ne doit pas commander, car il aura tôt ou tard envie de corrompre les gens. On admet des divergences de vue, mais pas d’antagonisme. Une  société qui garde, en  permanence, en son sein, des forces antagonistes va à sa mort. Ne dit-on pas que « Tout royaume divisé contre lui-même court à sa ruine; aucune ville, aucune famille, divisée contre elle-même, ne se maintiendra pas » ? (Mt 12, 25).

 

 Je voudrais te citer deux anecdotes qui sont révélatrices d’un esprit négatif. La première concerne François Mitterrand. En effet, deux jours après l’élection de ce dernier comme Président de la République française, le 20 mai 1981, je ramassais au quartier latin, exactement au carrefour de la rue Gay-Lussac, un tract qui disait déjà : « Mitterrand, deux jours, ça suffit, dehors ! ». Un autre fait concerne Jacques Chirac, élu à son deuxième mandat à 80%, avec beaucoup de voix socialistes qui se sont portées sur lui, il est vrai, par peur du Front National. Dès la nuit de son élection, on s’opposait déjà à lui. Mais si ce Monsieur a été élu avec un programme, pourquoi l’opposition se levait-elle dès la première semaine pour contrecarrer une action qui n’était pas encore commencée ? Esprit français, dira-t-on, mais il y a quand même un problème. On a élu quelqu’un à 80%, et puis on l’empêche de commencer le travail ! Cela paraît contraire à une dynamique de changement positif.

 

 Si le système athénien avait été un système de réconciliation d’une communauté,  d’instauration de paix, dans un village, il n’y a pas de doute que nos ancêtres l’auraient adopté depuis des siècles. Notre pays, estimons-nous, ne pourra s’engager dans un processus de développement durable qu’après l’adoption et l’organisation d’un système collégial, conformément à la philosophie de nos communautés culturelles. Le système collégial de nos ancêtres est le résultat d’une évolution de plusieurs siècles. On est passé par des étapes d’antagonismes, de guerres claniques certainement, avec l’objectif de trouver un système efficace pour maintenir les clans et leurs membres dans la paix. C’est à travers cette volonté qu’on a hiérarchisé  la société afin d’éviter d’avance des conflits de compétences ou de pouvoirs. C’est ainsi que l’aîné était toujours le chef du cadet, le père toujours chef du fils, le mari toujours chef de sa femme. Même le partage d’un gibier était prévu : on savait la partie que devait prendre celui qui a tué l’animal, celle de celui qui l’a porté de la forêt au village. Au village, selon la hiérarchie, chacun savait d’office la partie de l’animal qui lui revenait de droit. Tout était prévu pour éviter tout conflit. Chacun restait à sa place et ne voulait prendre la place d’un autre. Il a fallu des évolutions pour arriver à cette stabilité.

 

Notre tâche aujourd’hui est d’inventorier et de nous réapproprier tous les acquis sociaux, politiques, économiques et culturels de nos ancêtres que, de plus en plus, nous devons valoriser. Cette valorisation passe par leur reconnaissance, traduite par un statut juridique. C’est indispensable, car nos communautés culturelles vivent dans l’illégalité parce qu’elles ne sont pas reconnues par nos lois. Elles n’ont pas droit à la parole en tant que telles, mais elles sont injustement concurrencées par nos partis politiques aussi éphémères qu’artificiels. Nos communautés culturelles, nos vrais terroirs, sont folklorisées. On utilise de temps en temps nos langues pour faire passer des messages d’intérêt commun puis on les laisse à leur place d’enfant pauvre.

 

Pour faire émerger notre système collégial moderne, il faut partir de notre diversité culturelle. Chaque communauté culturelle doit être considérée comme une unité administrative à partir de laquelle nous allons bâtir notre système politique. Il est nécessaire pour cela de donner corps à chaque communauté culturelle, lors d’un congrès. Au cours de ce congrès, chacune doit rédiger son cahier de charges ou cahier de doléances. Ensuite tous les cahiers seront remis au pouvoir central qui va, à partir d’eux, confectionner un programme de gouvernement. Il est entendu que chaque problème qui se pose au pays sera d’abord débattu au niveau des unités administratives. Le mode de décision, naturellement, est le consensus. Les conclusions sont envoyées ensuite au pouvoir central pour des décisions. On verra ainsi que la diversité culturelle n’est pas une tare, ni une source d’antagonisme, mais une richesse pour le développement du pays. Notre diversité est basée sur la nature, faite de plusieurs éléments, de plusieurs ensembles qu’elle sait utiliser pour créer un équilibre entre les différences. L’unité se fait par la rencontre de plusieurs différences qui décident de rassembler leurs efforts dans le but d’atteindre des objectifs communs. L’unité est ainsi le lieu de la réconciliation et de la paix. Nous devons réfléchir pour que nos différences culturelles soient les éléments d’un système politique adapté à nos cultures et capable de nous faire décoller économiquement.

 

Une objection peut être faite en disant que les communautés culturelles n’habitent pas la même province. Certes, on choisira chaque fois un lieu du rassemblement où devront se rencontrer les délégués de la diaspora de chaque communauté. Les fang l’ont fait à Mitzic en 1947. On peut encore le faire aujourd’hui.

 

C’est dans cette optique je me suis engagé en politique, car je ne suis pas un professionnel de la politique. J’y suis venu tout à fait accidentellement. Voici comment.

 

En 1981, j’étais en train de terminer mes études, à Paris. La nouvelle nous est arrivée qu’on avait fait arrêter des notables, le 1er décembre 1981, parce qu’ils avaient réclamé, à l’occasion d’une manifestation pacifique, la démocratisation de la vie politique dans notre pays.

 

Pour divulguer cette information, la déontologie journalistique voulait qu’on ait un informateur qui se porte garant de sa véracité. C’est ainsi que des journalistes de l’AFP s’étaient mis à la recherche de quelqu’un, garant de la véracité de l’information. Ils sont allés dans les milieux gabonais de Paris et n’ont trouvé personne. Tous, opposants soi-disant clandestins et personnalités politiques gabonaises leur répondaient invariablement « On ne connaît pas ». C’est ainsi qu’est venue à moi, Mme Marie Joanidis, journaliste à l’Afp, pour m’interroger à ce sujet. Je lui répondis que j’étais effectivement informé des arrestations effectuées à Libreville et que j’étais en mesure de lui donner les noms de certains qui avaient été arrêtés. Je pouvais les lui donner le lendemain. A partir de ce moment-là, tout le monde venait vers moi pour avoir des nouvelles des condamnés du Gabon. C’est ainsi que j’ai pris, malgré moi, la tête des défenseurs des droits de l’homme. Mais j’avais juré que si on arrêtait un prêtre gabonais ou étranger, je me déciderais officiellement à prendre la parole. C’est ainsi qu’à la nouvelle de l’arrestation de l’Abbé Noël Ngwa Nguema, alors Directeur du Collège Bessieux, le 5 octobre 1982, je commençai à tenir un discours politique. Je donnai une interview au Journal « La Croix », interrogé par Mme Julia Ficatier.

 

Je suspends, ici, cette conversation. Si tu veux que je continue à te raconter mon parcours, fais-le-moi savoir. En tout cas, depuis cette date, j’ai eu des entretiens avec nombre de gabonais et avec beaucoup d’autres  amis et  ennemis. J’ai pris des notes à chacun de ces entretiens, depuis ce temps-là, jusqu’aujourd’hui.

 

                                                                         Fait à Libreville, le 17 Septembre 2010.

 

 

 

                                                                                                     Paul MBA-ABESSOLE.

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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 13:04

            

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par Léonard MBA ESSOGHO

M.A. en Didactique des Disciplines

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Les défis et enjeux auxquels la géographie scolaire est confrontée  sont nombreux. Ils sont liés à l’évolution rapide que connaît actuellement le monde : évolution technologique et évolution des mentalités.

Ils sont également liés à la nature de la discipline elle-même et aux grandes questions auxquelles elle doit répondre.

Aujourd’hui, la géographie scolaire est rivalisée par les médias. Les apprenants ont d’autres sources d’informations que le maître. Or, dans le secondaire, on constate que l’enseignement de la géographie se fait le plus souvent par des historiens qui ont une formation insuffisante en géographie et notamment dans l’histoire de l’enseignement de la géographie et de l’épistémologie de la discipline.

La situation est plus préoccupante au primaire où le maître est polyvalent sans qualification dans la discipline. Il y a donc un problème de formation.

Il y a l’épineux problème de l’utilité de la géographie. A quoi sert l’enseignement de la géographie aujourd’hui, au moment où de nouvelles disciplines émergent et où la géographie risque d’être déclassée ?

Les futures réformes risquent de réduire la place de la géographie dans nos systèmes éducatifs.

D’autres questions sont encore sans réponses. Comment faire acquérir les connaissances géographiques aux apprenants ? Comment les apprenants s’approprient-ils le savoir géographique ?

Nous sommes encore « dans la préhistoire de la recherche en didactique » qui a pour objectif l’amélioration de l’enseignement de la géographie.

Autre défi : la complexité de la discipline dont la prise de conscience doit conduire les géographes de toutes les écoles à dialoguer, à échanger. Il ne doit être question de faire disparaître telle ou telle école au profit de telle autre.

L’enseignement de la géographie doit être problématisé. La géographie scolaire doit chercher à répondre à des questions précises.

L’obsolescence des programmes constitue aussi un défi non négligeable. La dichotomie qu’il y a entre les contenus des programmes et le vécu quotidien peut être préjudiciable à la géographie.

Pour retrouver sa place de choix dans le monde actuel, il est indispensable  de développer la didactique de l’altérité pour accroître des solidarités entre les hommes et les sociétés. Il n’est plus question présentement de conquérir mais de comprendre l’autre dans sa différence.

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8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 14:19
Le terme de paysage n’a pas toujours eu le même sens. Sa définition a évolué avec la discipline. L’école vidalienne met l’accent sur le concret. Cette pédagogie de l’aspect recherche une certaine objectivité. Le paysage doit être, selon cette école, quelque chose de visible, d’observable. Ce qui rend cet objet géographique statique. Il n’y a aucune vision dynamique. Il suffit, pour ce courant de pensée, de regarder autour de soi pour faire de la géographie. Avec le temps, quand la géographie place l’homme au centre de ses préoccupations, il y a une prise en compte de la représentation de celui-ci et du rôle qu’il joue dans la dynamique de ce paysage. Car ce dernier porte les marques de l’homme qui l’habite avec ses pratiques dont il est le support. L’homme encadre l’espace. Autrement dit, il l’aménage en fonction des outils dont il dispose. Cet homme a un projet qui va s’inscrire dans le paysage. Cela donne une nouvelle dimension au paysage. Il n’est plus statique. Il devient dynamique. Il est vu et perçu. Il y a donc prise en compte de la subjectivité dans la présentation que le géographe fera du paysage. Pour un même paysage, on pourra avoir plusieurs représentations. Ainsi, une forêt, dans la perception d’un européen, constitue un obstacle pour l’africain. Mais, l’européen oublie souvent que ce dernier a une représentation particulière de la forêt. En effet, pour l’africain, la forêt constitue une source de richesses sur tous les plans. Elle est nourricière. De plus, elle peut avoir, sur le plan mystique, un caractère sacré. Elle est souvent le siège des génies protecteurs. La dimension abstraite est prise en compte, de telle sorte que l’on peut parler d’un paysage visible et invisible. On parle aussi du paysage politique et du paysage électoral. Compte tenu de cette complexité, il est nécessaire de donner les contextes d’usage du paysage et d’identifier avec les apprenants le noyau dur de ce concept. La prise en compte de la diversité des contextes d’utilisation du concept de l’espace doit nous amener à prendre conscience de la nécessité d’une vision binoculaire des faits géographiques. La présentation du paysage dépend de la représentation du géographe qui le fait. En définitive, comme le dit Maryse Clary, « l’espace géographique sera donc défini comme un espace social. Il n’a de réalité que dans l’interaction société-espace et espace société. Les objectifs de la construction du savoir géographique à l’école, au collège, au lycée seront d’analyser (localiser, décrire, expliquer) les deux faces d’une même réalité géographique : - la face territoriale (physique, aménagée, construite) ; - la face sociale (projet, organisation, fonctionnement de la société) La face territoriale est le champ de l’observation géographique, la face sociale est le domaine de l’explication géographique ». Léonard MBA ESSOGHO
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