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27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 11:23

Causeries politiques du 1 juin 2010 au 2ème Arron-copie-2

Le texte qui suit est un extrait de  LE GABON OU LE MALENTENDU PERMANENT  publié par Paul MBA ABESSOLE le 04 avril 2007.pp 19-25

Dans cet extrait, l’auteur, Président du Rassemblement Pour le Gabon, fait état de ses premiers contacts avec Omar BONGO ONDIMBA en passant par sa rencontre avec le Général Samuel MBAYE qui a été, selon lui, le point de départ du processus de négociation entre le MORENA qu’il animait et le Président de la République.

 

La Conférence Nationale s’est tenue, à Libreville du 23 mars au 19 avril 1990. Elle n’est pas tombée du ciel, comme la pluie. Elle a été préparée d’abord dans l’ombre, du 27 avril 1989 en janvier 1990.

Ma rencontre avec le Général MBAYE, le 27 avril 1989, a été le point de départ du processus de négociation entre le MORENA que j’animais et le Président de la République. Mais j’étais loin de penser que l’engagement de ce processus allait progressivement creuser un fossé entre mes « amis » de Paris et moi. Pour moi, je ne pouvais pas décliner l’offre de dialogue du Président de la République Gabonaise, puisque ma lutte voulait que le régime gabonais prenne en compte toutes les sensibilités politiques du pays. Une occasion m’était donnée d’exprimer celle que j’animais, il fallait en profiter. Voilà pourquoi j’ai décidé d’aller rencontrer le Chef de l’Etat Gabonais, contre la volonté de l’Abbé Joseph MINTSA et d’Adrien NGUEMAH ONDO qui pensaient qu’il n’y avait pas de garanties de sécurité. Moi, j’estimais que continuer « à faire du bruit en France » alors qu’au Gabon on réfléchissait sur l’ouverture démocratique était irresponsable. Et puis, si BONGO voulait me tuer, il n’avait qu’à le faire, mais je ne tenais plus à rester en exil alors que je pouvais m’exprimer librement au Gabon. C’est ainsi que je rédigeai seul le memorandum intitulé « Propositions du MORENA à Monsieur Omar BONGO, Président de la République Gabonaise » daté du 10 mai 1989. Les points que j’y abordais étaient les suivants :

            L’homme

            Le village

            L’agriculture

            La gestion des finances publiques

            Les institutions

            Un Gouvernement efficace

Naturellement, je voyais tout cela dans la perspective de la mise en place d’un système pluraliste. Cependant j’indiquais à ce sujet que le multipartisme ne pouvait être proclamé du jour au lendemain. Il fallait se donner un temps durant lequel on préparerait les esprits à vivre ce pluralisme politique.

Cette préparation consisterait essentiellement à apprendre aux gens à connaître leurs droits et leurs devoirs au sein des associations dont les conditions de création seraient déterminées par une loi analogue à celle de 1901, en France. Je préconisais aussi un Gouvernement de 9 membres qui me semblait pouvoir être plus efficace. Voilà le document qui allait servir de base à mes entretiens avec le Président de la République.

C’est avec ce bagage que je m’envolais de Paris, le 13 mai, pour être à Libreville le 14 au matin. Et, dans la soirée, je fus reçu en audience. Voilà ce que j’avais déclaré à cette occasion :

            « Monsieur le Président de la République,

            Je dois, avant tout, vous dire mes vifs remerciements d’avoir pris l’initiative de nous rencontrer. Cela constitue, je crois, un évènement important dans l’histoire de notre pays. Aujourd’hui, en effet, nous nous acceptons différents et nous pensons que c’est bien ainsi. Tant il est vrai qu’on est plus intelligent quand on réfléchit ensemble plutôt que seul.

            Nos différences, nous ne devons plus chercher à les gommer, à les nier-elles sont notre première richesse- mais plutôt à les transformer en une dynamique pour le développement de notre pays.

            Voilà quelques années que mes amis et moi nous sommes à l’étranger pour expliquer une autre idée du Gabon. Nous n’avons jamais prétendu avoir des recettes pour résoudre toutes nos difficultés politiques, économiques et sociales, mais nous nous sommes battus pour que cette idée ait aussi droit de cité et qu’elle soit versée à notre patrimoine commun.

            Pour ma part, je compte bien que le processus que nous engageons aujourd’hui est irréversible et qu’il générera probablement d’autres idées et ainsi de suite.

            Je vous ai apporté un document-rassurez-vous pas hargneux- où nous avons rassemblé quelques idées, sans prétention d’exhaustivité, pour lancer et maintenir notre dialogue.

            Ce ne sera pas facile au début, certes. On n’efface pas si facilement des années de mots durs et de refus réciproque. Ce qui est important, c’est notre volonté de réussir, de ne plus admettre de nous tourner le dos et de nous regarder comme des constructeurs d’un destin commun.

            C’est à vous que revient tout le mérite de cette rencontre. Elle sera à l’actif de votre page d’histoire. Tout le monde vous en saura gré.

            Avant de terminer, permettez-moi, Monsieur le Président de la République, de remercier ceux qui ont travaillé pour que cette rencontre se fasse dans de bonnes conditions. Je les cite dans l’ordre chronologique :

            Monsieur Bindji, qui a toujours été notre intermédiaire intelligent et actif ;

            Monsieur Ali Ben Bongo, votre haut représentant personnel qui, par son sens politique et son aisance ont su conquérir notre sympathie ;

            Monsieur Samuel Mbaye, qui a fait preuve d’une haute compétence diplomatique : maîtrise de soi, calme mais toujours chaleureux.

            Puisse Dieu et nos ancêtres nous aider à mener à bien l’œuvre que nous commençons aujourd’hui !

 

                                                           Fait à Paris, le 13 mai 1989

                                                               Paul Mba Abessole

A SUIVRE

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