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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 18:57

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Le texte suivant est tiré de Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée (Paris, UNESCO : Bureau international d’éducation), vol. XXXII, n°3, septembre 2002)

L’auteur de ce texte, M.K. Raina, est professeur. Il dirige, à New Delhi, au Conseil national de la recherche pédagogique et de la formation, le Département des fondements psychosociologiques de l’éducation.

 

SRI AUROBINDO (1872-1950)

 

Explorateur et aventurier de la conscience humaine, visionnaire de l’évolution avait déclaré : « Personne ne peut écrire sur ma vie car elle n’est pas visible de l’extérieur ». Rabindranath Tagore, son compatriote bengali, artiste et poète, et lauréat du prix Nobel, avec lequel il était lié par de profondes affinités, s’était fait l’écho de ces propos en déclarant également qu’on ne devait pas chercher à expliquer le poète par sa biographie. McDermot estimait pour sa part que vouloir interpréter la vie d’une grande personnalité spirituelle est toujours une entreprise dangereuse, a fortiori lorsqu’il s’agit de celle de Sri Aurobindo, laquelle est particulièrement énigmatique.

Né le 15 août 1872 à Calcutta, alors capitale de l’Empire britannique des Indes, Aurobindo Ackroyd Ghose –le deuxième prénom, occidental, lui ayant été donné par son père à sa naissance – était le troisième fils du Dr Krishnadhan Ghose et de Swarnalata Devi. Le titre honorifique « Sri », traditionnellement conféré en signe de respect ou de dévotion, faisait partie de son nom. En sanskrit, le mot « Aurobindo » signifie « lotus ». Le père d’Aurobindo l’avait choisi pour son originalité sans se douter que le lotus est le symbole de la conscience divine dans le langage de l’occultisme.

Aurobindo, qui reçoit les premiers rudiments de son éducation dans une école religieuse pour enfants européens, est emmené en 1879 en Angleterre par son père pour qu’il y poursuive ses études à Manchester. Plus tard, son père l’inscrit à la St Paul’s School à Londres, qui lui octroie une bourse pour le King’s College de Cambridge où il entre en 1889. Aurobindo y obtient presque tous les prix de grec et de latin, ainsi que la première partie du tripos de lettres classiques avec la mention très bien en 1892. La même année, il passe avec succès le concours de recrutement des cadres de l’administration indienne, mais est déclaré inadmissible à la fonction publique pour ne pas s’être présenté à l’épreuve d’équitation.

Il propose une éblouissante interprétation de plusieurs siècles de culture indienne dans son livre Fondements de la culture indienne. Dans Savitri, œuvre épique très élaborée, Aurobindo porte à la perfection tous les styles qu’il a pratiqués dans ses divers travaux. Œuvre de 24000 vers blancs, Savitri passe pour être le plus long poème de langue anglaise. Dans son ouvrage La poésie future, Sri Aurobindo élabore une théorie littéraire qui, pour le concept de la poésie qu’elle propose, est considérée comme une contribution originale à l’esthétique. Ces derniers ouvrages, ainsi que ses traductions, ses Lettres et travaux de moindre ampleur ont été rassemblés et systématiquement publiés après sa disparition, le 5 décembre 1950. Une nouvelle édition de l’ensemble de son œuvre en 30 volumes a paru en 1972, à l’occasion du centenaire de sa naissance. En 1950, peu de temps avant sa mort, l’Académie suédoise envisageait sa nomination au prix Nobel.

Il existe plusieurs approches possibles de l’œuvre de Sri Aurobindo, mais, comme l’a noté Joshi, la lumière qu’elle nous apporte dépend de la profondeur et de l’étendue de la quête de chacun. C’est le questionnement sur le monde et ses perspectives, sur le rôle que nous sommes appelés à y jouer et la manière de s’y préparer, qui nous fera mesurer la pertinence réelle de l’œuvre de Sri Aurobindo et nous dotera des moyens indispensables pour étudier sa pensée et la conscience supramentale qu’il a découverte et révélée au monde.

Les trois questions fondamentales qui ont orienté la quête spirituelle et la pensée philosophique de Sri Aurobindo, et à partir desquelles il a bâti ses grandes théories, sont le paradoxe de la vie nationale de l’Inde, le conflit qui existerait entre la spiritualité et l’action, et l’évolution de l’homme. La façon dont il cherche à résoudre ces problèmes est liée à la tension créative sans précédent qu’il a ressentie, dans sa propre expérience, entre la spiritualité et la politique, tant au cours de ses années d’activité politique que pendant les 40 ans de retraite spirituelle (sadhana) qu’il a passés à Pondichéry. Les écrits d’Aurobindo apportent la force nécessaire à l’action, à la réalisation et à la transformation qui transparaît dans la philosophie qu’il a forgée dans son propre vécu. Il écrit : « je ne me suis senti satisfait qu’une fois l’expérience venue, cette expérience sur laquelle j’ai plus tard fondé ma philosophie ». Sa philosophie intégrale est en effet née de son yoga, et non l’inverse.

Deux expressions, « Perfection intégrale » et « Religion spirituelle de l’humanité », dominent son œuvre et résument son message. Les déclarations qui suivent témoignent admirablement de son appel à l’intégralité et à la synthèse : « Nous, qui appartenons au jour qui vient, sommes à l’aube d’une nouvelle ère de développement qui doit mener à une synthèse si nouvelle et tellement plus vaste. (…) Nous n’appartenons pas aux aurores du passé, mais aux midis de l’avenir ». Sri Aurobindo jugeait que l’éducation avait un rôle essentiel à jouer dans la réalisation de la perfection intégrale.

 

 

L’éducation intégrale pour le développement de l’âme

Poète et homme politique avant d’être philosophe, Sri Aurobindo s’est investi pendant 45 des 78 années de sa vie dans la pratique du yoga, et a conçu une philosophie de l’affirmation complète, affirmant la réalité du monde d’un point de vue suprême et l’importance de l’action sociopolitique du point de vue spirituel. Il était éminemment conscient de l’importance des variantes des concepts d’homme (sa vie et son destin), de nation, d’humanité et de vie de l’espèce humaine, qui ressortent des différentes philosophies de l’éducation, et a développé son principe d’éducation intégrale ancrée dans « l’âme en devenir de l’Inde, ses besoins futurs, la grandeur de son auto-création prochaine, son esprit éternel ». Selon Sri Aurobindo, l’Inde a toujours vu une âme dans l’homme, pris en tant qu’individu, une portion de la Divinité enveloppée dans le mental et le corporel, une manifestation consciente du moi et de l’esprit universels dans la nature. Dans sa philosophie de l’éducation, Sri Aurobindo soutient un principe fondamental, mais souvent méconnu : « la question primordiale et vitale à laquelle nous sommes confrontés est celle de l’esprit. Il ne s’agit pas ici d’une opposition entre la modernité et le passé, mais entre une civilisation importée et les possibilités plus grandes de l’esprit et de la nature de l’Inde, une opposition non pas entre le présent et le passé, mais entre le présent et le futur ». Sri Aurobindo pensait que trois éléments devaient entrer en ligne de compte dans la conception d’une éducation véritable et vivante : l’homme (l’individu à la fois singulier et pareil à tous les autres), la nation ou le peuple, et l’humanité universelle.

Aussi, Sri Aurobindo concevait-il l’éducation comme l’instrument du vrai travail de l’esprit dans le mental et le corps de l’individu et de la nation. Il pensait que l’éducation devait, chez l’individu, faire du développement de l’âme, de ses pouvoirs et de ses possibilités, sa principale préoccupation, et dans la nation, privilégier la préservation, le renforcement et l’enrichissement de l’âme du pays et de sa vertu (Dharma) pour ériger l’individu et la nation en pouvoirs de vie et élever l’esprit et l’âme de l’humanité. A aucun moment, l’éducation ne devrait perdre de vue la plus noble aspiration de l’homme : l’éveil et le développement de son être spirituel, concept sous-jacent à l’éducation intégrale authentique et vivante.

Une éducation intégrale est conçue comme un processus de croissance organique permettant de développer et d’intégrer les différentes facultés de l’enfant selon son inclination, la rapidité de sa progression, les lois du développement qui lui sont propres, ses dispositions naturelles (swabhava) et sa nature profonde (swadharma). Sri Aurobindo ne perçoit pas l’éducation intégrale comme la juxtaposition de disciplines, ni même comme la juxtaposition de différentes facultés. Son idée est de favoriser le développement d’un certain nombre de facultés, de sujets d’étude et de combinaisons dans la quête de la connaissance, des pouvoirs, de l’harmonie et des compétences dans le travail. Ces facultés sont inculquées de manière à ce que chaque élève et chaque enseignant puissent s’en servir pour favoriser naturellement un développement harmonieux.

 

L’importance de l’éducation physique et morale

Cherchant à faire la synthèse des valeurs occidentales et orientales dans la philosophie contemporaine de l’éducation, Sri Aurobindo insiste sur le fait qu’un corps sain est indispensable au développement intellectuel et spirituel de l’individu. Selon lui, l’éducation physique vise non seulement au bon fonctionnement des différents organes du corps, mais également à l’épanouissement de la force, de l’équilibre et d’une certaine beauté. Sri Aurobindo pense que la beauté est l’idéal que l’éducation physique se doit d’atteindre. « Si ce à quoi nous aspirons est une perfection totale de l’être, on ne peut négliger le corps. Il est le matériau de base, l’instrument que nous devons utiliser. […] La perfection du corps, dans la mesure où les moyens dont nous disposons nous permettent de l’atteindre, doit être le but ultime de la culture physique. Aussi le développement de notre conscience physique doit-il toujours constituer une part considérable de notre objectif, ce pour quoi le bon développement du corps lui-même est essentiel. Santé, force, forme physique, sont certes les besoins primordiaux, mais la structure physique doit être la meilleure possible » ;

Aurobindo affirme qu’une éducation de l’intellect qui ne va pas de pair avec l’acquisition de la perfection morale et affective est préjudiciable au progrès de l’homme. Il reconnaît qu’il est difficile d’impartir aux jeunes une formation morale appropriée au cours de leurs années d’études scolaires et universitaires. Il fait la différence entre le cœur et l’esprit en disant qu’instruire l’esprit n’équivaut pas à instruire le cœur. Il devine le danger que constituent les manuels scolaires de morale utilisés dans cette optique car ils rendent mécanique et artificielle la médiation sur les sujets élevés ; or, ce qui est mécanique et artificiel ne sert jamais le bien. En outre, il fait remarquer avec pertinence que toute tentative visant à assurer l’éducation morale et religieuse des jeunes garçons en leur enseignant le contenu des manuels de morale et de religion est une entreprise vaine et illusoire, justement parce que le cœur n’est pas l’esprit et que l’on peut instruire l’esprit sans rendre le cœur meilleur.

Le meilleur type de formation morale de l’être humain, selon Sri Aurobindo, consiste à le prédisposer aux émotions justes, aux plus nobles fréquentations, aux meilleurs comportements mentaux, émotionnels et physiques, et à l’aptitude à manifester les élans fondamentaux de sa nature profonde par de bonnes actions. Toute tentative visant à imposer une certaine discipline aux enfants dans le cadre d’une éducation morale et religieuse en les coulant dans le même moule et en leur faisant emprunter de force la voie que l’on veut qu’ils suivent est une entreprise hypocrite et cruelle. Seul ce que l’homme admire et accepte de lui-même fait partie de son être ; le reste n’est qu’un masque. Toutefois, négliger l’éducation morale et religieuse revient à corrompre l’espèce humaine. C’est pourquoi, en matière d’instruction morale, Sri Aurobindo insiste sur l’utilité de la suggestion et s’élève contre la coercition. « La première règle de l’enseignement moral, dit-il, est de suggérer, d’inviter, et non d’ordonner ou d’imposer. La meilleure méthode procédant par suggestion consiste dans l’échange, chaque jour, des expériences de chacun et dans la lecture quotidienne des livres »

 

Les principes de l’enseignement et l’entraînement des sens

Dans une série d’articles écrits entre 1909 et 1910, Sri Aurobindo énonce trois principes fondamentaux de l’enseignement. « Le principe premier d’un véritable enseignement est que rien ne peut s’enseigner. L’enseignant n’est pas un donneur d’ordre ou un maître qui mène ses élèves à la baguette ; il est un appui et un guide. Son devoir est de suggérer, et non d’imposer ».Le deuxième principe est qu’ « il faut s’adresser à l’esprit à mesure qu’il se développe ». Il fait remarquer que l’idée qui consiste à couler l’esprit de l’enfant dans un moule prescrit par les parents ou l’enseignant relève d’une superstition barbare et ignorante. Il déclare que forcer la nature à renoncer à sa propre dharma revient à lui causer un tort irrémédiable, à empêcher son développement et à altérer sa perfection. Il n’existe pas d’erreur plus grande de la part des parents ou des enseignants que de fixer à l’avance les qualités, les aptitudes, les opinions, les vertus que l’élève cultivera plus tard, ou de décider de sa préparation scolaire en vue d’une carrière qu’ils auront eux-mêmes arrêtée. Le troisième principe de l’éducation, que Sri Aurobindo  pose, consiste à travailler sur ce qui est proche pour aller vers le plus lointain, à partir de ce qui est vers ce qui sera. Autrement dit, Sri Aurobindo souligne que l’éducation doit reposer sur l’expérience directe et que même ce qui en est éloigné ou abstrait doit s’appuyer sur le vécu. La connaissance devrait progresser à partir de l’expérience personnelle vers une expérience plus large, plus intense et plus élevée.

Sri Aurobindo indique d’autres lignes directrices. Lorsqu’il traite des moyens dont dispose le guru (le maître ou le guide), il écrit que « les outils de travail de ce dernier sont : l’enseignement, l’exemple et l’influence. Pour autant, le maître avisé ne profitera pas de la soumission passive d’un esprit réceptif pour imposer pour imposer sa personne ou ses opinions. Il y déposera seulement ce qui est fécond et sûr comme une graine qui pousse à l’intérieur sous l’impulsion divine. Il s’efforcera d’éveiller bien plus que d’instruire. Il visera à ce que facultés et expérience se développent par un processus naturel de libre expansion. Il proposera une méthode à ses élèves en la présentant comme une aide, un instrument utilisable, et non comme une formule impérative ou une règle de conduite prescrite. De même, il prendra garde que ses méthodes ne tendent à limiter et à mécaniser son enseignement »

En plus des facultés telles que la mémoire, le jugement, l’observation, l’esprit de comparaison, de contraste, et d’analogie, autant d’aides indispensables à l’acquisition de la connaissance, Sri Aurobindo met l’accent sur l’imagination qu’il considère comme l’outil le plus important et le plus indispensable. Il la divise en trois fonctions : la formation des images mentales ; le pouvoir de créer des pensées, des images et des imitations ou de nouvelles combinaisons de pensées et d’images déjà existantes ; et l’appréciation par l’âme des choses, de la beauté, du charme, de la grandeur, du sens caché, de l’émotion et de la vie spirituelle présente dans le monde. « L’entraînement de l’imagination est aussi important que le perfectionnement des facultés qui permettent d’observer et de comparer des objets extérieurs ». Ces facultés mentales, comme l’indique Aurobindo, devraient d’abord s’exercer sur les objets puis sur les mots et les idées… en toute simplicité, en s’appuyant sur la curiosité et l’intérêt, en évitant les enseignements figés et l’apprentissage de règles par cœur.

Sri Aurobindo se montre critique vis-à-vis de la pratique de l’enseignement morcelé actuellement en usage dans le système éducatif et déclare qu’on doit le jeter aux oubliettes :

On enseigne une matière à petites doses, parallèlement à toute une série d’autres sujets d’études, et voilà que le garçon assimile mal en sept ans ce qu’il aurait pu apprendre en une seule année. L’enfant quitte alors l’école mal armé, doté de bribes imparfaites de la connaissance humaine dont il ne maîtrise aucun des grands domaines.

Sri Aurobindo dit qu’un tel système éducatif « s’emploie à répandre la pratique de l’enseignement morcelé au début et au milieu des études pour le remplacer subitement par une impressionnante spécialisation dans l’enseignement supérieur. Une telle approche revient à faire reposer un triangle sur son sommet en espérant qu’il tiendra en équilibre »

« La langue maternelle, dit-il, est le support normal de l’éducation. Aussi l’enfant devrait-il consacrer d’abord son énergie à la maîtriser parfaitement ». En ce qui concerne l’enseignement de la langue, Sri Aurobindo prône l’initiation de l’enfant à de nombreuses langues une fois que ses outils mentaux seront suffisamment développés pour qu’il puisse acquérir la connaissance d’une langue facilement et rapidement, et non au moment où il ne pourra comprendre ce qu’on lui enseigne que partiellement et ne le maîtrisera que laborieusement et imparfaitement. Sri Aurobindo juge que l’apprentissage de la langue maternelle qui, selon lui, prépare à l’apprentissage d’une autre langue. Il soutient que l’aisance acquise dans la pratique de sa propre langue rend l’apprentissage d’autres plus facile.

L’éducation psychique et spirituelle

Sri Aurobindo parle également de l’éducation mentale et psychique mais ce qui l’intéresse vraiment est d’un ordre plus élevé. C’est ce qu’il dénomme l’éducation spirituelle ou supramentale. Elle n’implique pas l’annihilation de l’individu, mais son enrichissement grâce au contact avec l’Absolu. L’ordre spirituel transcende l’ordre mental et psychique. La justification qu’il donne de l’éducation psychique et spirituelle repose sur trois éléments essentiels :

-         L’éducation doit proposer à l’individu l’exploration systématique de quelque chose qui est au plus profond de la complexité psychologique de la conscience humaine ;

-         La question la plus importante relative à l’existence humaine porte sur son but, sur le but de la vie de chacun d’entre nous, et sur sa position et son rôle dans la société. Le meilleur moyen de répondre à cette question est d’explorer les domaines psychiques et spirituels et d’être capable de développer des facultés psychiques et spirituelles de la connaissance ;

-         La crise contemporaine que traverse l’humanité a surgi du déséquilibre entre les progrès matériels et un progrès spirituel insuffisant.

Aussi faudrait-il favoriser le développement de la conscience psychique et spirituelle si l’on veut résoudre cette crise. Sri Aurobindo tente de faire la distinction entre le psychique et le spirituel de la manière suivante : au niveau psychique, l’individu ressent une impression de continuité ininterrompue dans le monde des formes et perçoit la vie comme une fonction immortelle qui s’étend sur une durée éternelle et dans un espace sans  limite. La conscience spirituelle dépasse le temps et l’espace et s’identifie à l’infini et à l’éternel. Sri Aurobindo exprime la même idée lorsqu’il dit qu’il faut, dans la vie psychique, rejeter l’égoïsme alors que, dans la vie spirituelle, le moi n’intervient pas. Sri Aurobindo insiste sur le fait que l’objectif de l’éducation intégrale n’est pas l’annihilation de l’individu mais sa transformation. Lorsque l’homme accède à pareille éducation, il se produit une totale transformation de son essence. Sri Aurobindo l’appelle l’éducation supramentale car elle s’exercera, non seulement sur la conscience des individus, mais également sur leur substance même, voire sur l’environnement physique dans lequel ils vivent.

La doctrine de l’éducation de Sri Aurobindo est étroitement liée à la vision futuriste du destin de l’humanité qu’il exprime en ces termes :

« Les hommes devraient être les enfants du passé, les détenteurs du présent et les créateurs de l’avenir. Le passé est notre assise, le présent notre matériau et l’avenir notre objectif et notre sommet »

L’esprit mystique visionnaire de Sri Aurobindo a forgé un concept de la vie sans équivalent au monde, en ce qu’il la voyait comme une riche occasion à nous offerte pour découvrir, comprendre et exprimer le Divin. De cette vision créatrice est née l’extraordinaire aventure du système éducatif qu’il a imaginé pour favoriser l’éclosion des potentialités latentes conformément à son concept de la vie. Pour Sri Aurobindo, le destin de l’être humain est de s’élever vers le supramental, vers la contemplation de la Divinité, objectif vers lequel toute la force et la souplesse de sa philosophie de l’éducation sont tendues.

 

 

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