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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 19:45

Parlant du système politique athénien dans  Histoire de la guerre du Péloponnèse, Thucydide avait écrit : « Notre régime politique ne se propose pas pour modèle les lois d’autrui, et nous sommes nous-mêmes des exemples plutôt que des imitateurs ». Nous rebondissons sur ce passage pour exhorter les leaders politiques gabonais à faire montre de créativité et d’originalité. En effet, le système politique hérité de l’Occident a montré ses limites. Il doit donc être revu et corrigé aux fins de l’adapter à nos réalités locales. Depuis la réinstauration du multipartisme dans notre pays en 1990, la situation politique ne semble pas s’améliorer. Des crises se multiplient et freinent le développement de notre pays. Faut-il revisiter l’organisation politique de nos sociétés précoloniales de notre pays pour y rechercher les valeurs qui en constituaient le socle ? Il faut dire que, malgré la multitude de chefs, les formes d’organisation politique des peuples du Gabon précolonial étaient similaires et peu variées sur l’ensemble du pays. On peut en relever principalement trois :

1-    Le village-Etat qui rappelle la cité grecque antique. Il caractérise la société fang, les Akélé, les Sékè, les Benga, les Galwa. C’était une entité politique indépendante. Le chef de cette entité politique était davantage le porte-parole du conseil des anciens du village qu’un véritable monarque. Ce conseil qui assistait le chef du village était composé de différents chefs de lignages que comptait la cité. C’est ce conseil qui prenait toutes les décisions. Le chef était choisi de manière consensuelle en tenant compte de l’opinion publique, de l’âge, de ses qualités morales, de sa sagesse et de son talent oratoire.

2-    Le régime confédéral concernait les peuples dont tous les membres se retrouvaient groupés en clans sur une même aire géographique. C’était le cas des Mpongwé. Cette forme d’organisation politique plaçait chaque village et son chef sous l’autorité d’un chef supérieur dont l’autorité s’étendait sur l’ensemble du clan ou groupe de clans. Pour le règlement des affaires importantes concernant toute l’ethnie ou branche d’ethnies, des assises solennelles auxquelles prenaient part tous les chefs de clan ou de terre ainsi que tous les chefs de village se tenaient chaque année en un lieu bien précis (Île Mbini chez les Mpongwé).

3-  La royauté étendait son autorité sur un territoire englobant tous les membres d’une ethnie ou branche d’ethnie voire ceux d’une autre ethnie (Orungu, Nkomi). Le roi, chef suprême, était assisté de deux conseils dont l’un, privé, était composé d’un  certain nombre de ministres et l’autre, national, réunissait les chefs de clan.

Contrairement à la 1ère forme d’organisation, le chef, dans les deux dernières, était toujours choisi dans les mêmes familles ou dans les mêmes clans. La succession revenait d’ordinaire au fils, au frère ou au neveu du chef défunt. Mais il ne suffisait pas d’être l’héritier légitime du trône pour y accéder. Il fallait être élu par le conseil des anciens dans la confédération ou par le conseil des chefs de clan dans les royaumes. L’un ou l’autre, par son droit de veto, pouvait s’opposer à la désignation de l’héritier légitime comme chef et mettre à sa place un homme jugé plus digne d’occuper ces fonctions. Le choix fait en conseil privé par les anciens ou les chefs de clan restait secret pendant un certain temps.

La guerre n’était pas le moyen couramment utilisé pour régler les différends comme le prétendent certains historiens. En effet, les différends étaient souvent arrangés au cours de grandes palabres qui réunissaient les parties intéressées (cf logothérapie). La pratique d’alliances entre les différents peuples visait aussi au maintien de la paix en établissant des liens de parenté entre clans d’ethnies différentes.

Le respect du chef était lié à la réelle assise populaire de son pouvoir.

Au total, quelle que soit la forme d’organisation politique présentée, le chef était choisi par les anciens en fonction d’un certain nombre de critères objectifs, à savoir : l’âge, la sagesse, les qualités morales et le talent oratoire. Tout cela se fait sur la base d’un consensus. L’ancien joue un rôle prépondérant dans nos sociétés précoloniales. Le chef est choisi parmi les citoyens les plus âgés, car il doit maîtriser la loi ancestrale. Il doit être sage. Le consensus est généralement le mode de prise de décision adopté. D’où l’usage du droit de veto qui est la pierre angulaire de la méthode du consensus. La permission de chaque membre du groupe est indispensable pour prendre une décision. C’est pourquoi écouter et répondre à tous les participants et prendre en compte tous les avis est une préoccupation du groupe dans son ensemble. Ce qui fait que le résultat n’est pas seulement un groupe plus égalitaire, mais aussi un groupe plus satisfait, dans lequel chaque membre a une chance de se sentir important au sein du groupe. Le veto sur une proposition qui a demandé de longues discussions et une synthèse ardue est un acte sérieux.

Nous ne demandons pas aux responsables politiques gabonais de reconstituer les formes d’organisation politique présentées plus haut, mais plutôt de s’en inspirer afin de mettre en place un système politique ancré dans nos traditions. Il serait souhaitable de tenir compte de certaines valeurs sur lesquelles reposaient ces différentes formes d’organisation politique, à savoir : le respect de l’ancien, le consensus (compris comme un accord général (tacite ou manifeste) parmi les membres d’un groupe, pouvant permettre de prendre une décision sans vote préalable) et la détermination des critères objectifs dans la désignation de nos responsables. Il n’est point besoin de dire que l’opinion publique ne peut être retenue comme critère de désignation, eu égard à la manipulation dont elle fait l’objet aujourd’hui.

 

 

                                                                  LE  GABONAIS

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