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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 11:27

Et si nous revisitions simplement le RSDG

En 1990, le Gabon adopte le multipartisme intégral. Mais l’option entérinée au terme de la conférence nationale de mars-avril de la même année n’allait pas sans anicroches [avec la remise en cause de l’encadrement juridique du pouvoir, l’organisation des élections imparfaites, le musellement de la presse, le reniement de la séparation des pouvoirs, etc.], même si nous notions quelques avancées quant au fonctionnement de l’espace public [notamment la proclamation des droits et libertés, la reconnaissance de l’opposition ou encore l’organisation des élections disputées etc.]D’où viennent alors les blocages actuels de notre espace public ? Trois points nous permettent de relever cela, à savoir : le faux départ de 1990, le cadre du RSDG et le refus de dialogue entre la majorité et l’opposition.  

Le faux départ de 1990

Lorsqu’entre 1988 et 1989 le régime de Libreville prit langue avec Paul MBA ABESSOLE exilé en France depuis 1976 pour venir discuter des conditions d’une ouverture politique au Gabon, les deux parties convinrent de libérer progressivement l’espace public confisqué depuis le 12 mars 1968 suite à la création du Parti Démocratique Gabonais (PDG) par Albert Bernard BONGO. Pour les deux protagonistes, leur pluralisme politique nécessitait de produire et d’observer au préalable certaines règles et codes se référant à nos modèles culturels, comme l’indiquait à juste titre François MITTERRAND en 1990 à la Baule. Mais hélas ! Leurs idées d’Union pour la Majorité Présidentielle de Progrès du Gabon (UMPPG) du 10 janvier 1990 et du Rassemblement Social Démocrate Gabonais (RSDG) du 23 février de la même année ne prospèrent point. Non pas parce qu’elles étaient sans intérêt, mais parce que les pourfendeurs au dialogue et à l’action commune n’y trouvaient pas leur compte. S’agissant du RSDG, il a pourtant été conçu comme un laboratoire, un cadre d’apprentissage de l’exercice de la démocratie. En effet, Omar BONGO et Paul MBA ABESSOLE ont convenu qu’après 22 années de gouvernance [à la fois des échelles de gestion, des systèmes de pensée, des cultures, des corps sociaux, etc.] du PDG, il était impossible de changer radicalement l’ordre établi à partir d’une simple rencontre de quelques jours entre acteurs politiques. L’approche nécessitait de disposer d’un temps assez long pour creuser consensuellement les sillons qui allaient « guider » notre modèle démocratique. Et le cadre choisi du RSDG se posait comme un véritable corps-de-garde où les problèmes d’alors devaient être identifiés et bénéficiés d’un traitement consensuel. Ce ne fut pas le cas. Et la rivière-démocratie censée bénéficier de ses précieux conseils alla tous azimuts. D’où le faux départ. De cette période à maintenant, tout le monde s’accorde que la machine politique et socioéconomique du Gabon est en panne. Elle est victime des turpitudes de ses acteurs et dirigeants qui croient créer un Gabon à plusieurs visages. Cette situation rappelle tout simplement que notre démocratie est encore fondationnelle et donc susceptible d’évolutions réversible, voire régressive. Mais pour lui donner un contenu crédible, les Gabonais (ses) appelés (es) à y jouer un rôle devraient se mouvoir et proposer tant collectivement qu’individuellement des solutions aux problèmes rencontrés. A notre avis et contrairement à l’idée d’organiser une nouvelle conférence nationale sans objet, il y a lieu de revisiter sereinement le cadre du RSDG.

Le RSDG et ses atours

Le faux départ de 1990 sus-signalé tient, d’une part, à « l’inclairvoyance » de certains acteurs politiques d’alors. D’autre part, il provient aussi du calquage aveugle de la démocratie occidentale sans y introduire une dose d’éléments culturels endogènes. Ce qui fait que le modèle du dialogue qui nous caractérise est brutalement cassé par cette monarchie constitutionnelle appelée démocratie. En ce sens, Omar BONGO et Paul MBA ABESSOLE avaient pourtant été des avant-gardistes sur cette actualité en s’accordant sur l’idée du RSDG afin de créer une passerelle solide capable d’assurer la transition démocratique en douceur. Les deux hommes ont surtout voulu donner du temps aux acteurs politiques pour se connaître, produire et apprendre ensemble les règles du jeu du nouveau champ politique qui se dessinait. Ils ont fait alors contre mauvaise fortune bon cœur. En effet, la mise en place du RSDG résultait du changement de structure et de nature politiques au Gabon et/où le seul PDG ne pouvait plus se prévaloir de l’exclusivité des prérogatives. Pour Omar BONGO, cela consistait à ce que de nouvelles forces viennent s’immiscer dans le circuit afin de subvertir l’ordre ancien. Car ce qui a été surtout identifié et dénoncé en 1990, c’est la rapacité déliquescente d’un groupuscule de personnes enclin autour du prince, et surtout l’état du délabrement du tissu socioéconomique du Gabon. Cela a durement affecté les classes moyennes et leur épargne, si l’on en croit Gabriel ZOMO YEBE. Le cadre du RSDG avorté pourrait ainsi se lire comme ce vibrant appel d’Omar BONGO à l’adresse de ses frères pour venir, dans la concertation et le dialogue, introduire de nouveaux mécanismes gestionnaires détenus jusque là par ses suppôts dans la logique hégémonique de l’exercice du pouvoir. Malheureusement, il ne fut pas entendu à la hauteur de l’appel. Or à cette période, il fallait opérer une transition consensuelle de nos différentes communautés ethniques et politiques dans ce vaste processus démocratique en redéfinition. Le hideux groupuscule de politiciens hostiles au dialogue et à la négociation a fait alors échec au cadre proposé. Et depuis, le temps a passé et rien n’a changé ; si ce n’est qu’une lutte honteuse pour l’accès et la conservation des responsabilités entre la majorité et l’opposition.

Majorité/Opposition : le refus de dialogue

Depuis près de trois mois déjà, l’espace public gabonais vit au rythme d’une certaine actualité : la tenue d’une nouvelle conférence nationale souveraine. Cette actualité revendiquée par l’opposition constitue pour elle la panacée censée apporter des solutions aux problèmes des Gabonais. Un véritable leurre. Et depuis, les rangs se resserrent de part et d’autre. Du côté de l’opposition, nous notons la naissance à Mouila le 09 septembre 2012 de l’Union des Forces du Changement (UFC), regroupant la CPPA, l’ACR, la CFPV et la CPDRO, soit un total de 22 partis politiques. Par cet acte, l’opposition avance à l’unisson et tente de susciter l’adhésion du peuple à son projet. Elle cherche ainsi à retrouver l’esprit de 1993 où huit candidats s’étaient rassemblés autour de la Convention des Forces du Changement (CFC) pour s’opposer à la Nouvelle Alliance (NA) de cinq partis soutenant Omar BONGO à l’élection présidentielle du 5 décembre 1993. Cette opposition parvient ainsi à surmonter ses divergences, à en croire la littérature pondue à propos. Or, en sollicitant l’ancien cadre de la CFC, il était également important de s’interroger sur ce qui a conduit à sa mise en place. C’est là un trou d’étoffe. Du côté de la majorité au pouvoir, la même dynamique unitaire se met en place. En effet, à la suite de son passage devant le Parlement réuni en congrès le 12 septembre 2012 au Palais Léon MBA, Ali BONGO ONDIMBA a rejeté l’idée d’organiser une nouvelle conférence nationale au Gabon. Aussitôt, des réactions au message du chef de l’Etat se sont multipliées. Et le samedi 15 septembre, un grand meeting y est organisé au Jardin botanique par la majorité républicaine pour l’Emergence. Pour son porte-parole Paul MBA ABESSOLE, organiser de nouvelles assises nationales sans objet, c’est occulter les légitimes préoccupations des Gabonais. En un mot, c’est de la diversion.  

Face aux oui et non à la conférence nationale, l’espace public gabonais peine à retrouver un peu de terre ferme, et son tissu social et culturel va progressivement à vau-l’eau. Le pays se retrouve alors devant une impasse. Pourtant, les murs ne sont pas si hauts pouvant empêcher la majorité et l’opposition de se voir et de se parler. En effet, dans le jeu du fonctionnement du champ politique fondé sur nos traditions, seuls comptent le dialogue et le consensus. A ce sujet, l’idée du RSDG nous paraît opportune, parce que permettant de « revenir avec nos chiens là où l’animal est tombé », chacun [acteur politique] proclamant véritablement sa communion du désir. Autrement dit, aller au-delà de l’UFC pour atterrir au RSDG avec tous ses codes que nous avons laissés et négligés en 1990 sous prétexte qu’ils provenaient du prince et de ses suppôts. En y revenant, chaque acteur politique se doit, dans la modestie, d’aller vers l’un des dépositaires des codes du présent cadre : Paul MBA ABESSOLE. De cet enjeu majeur, les uns pourraient ainsi tenir des discours devant les autres et, si leurs arguments sont puissants, alors leurs idées pourraient s’imposer mutuellement. Une dispute [telle que nous la vivons actuellement entre les deux blocs] serait résolue grâce à la force des arguments invoqués et la décision émanerait du résultat de ce jeu de la force des arguments. Puisque la nécessité de construire une communauté sociale et politique nationale [s] devrait nous amener à élaborer consciemment des règles spécifiques fondées sur le consensus.

 

Pascal NDONG NGOUA

Administrateur à la Refondation

Docteur en science politique.

 

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Pascal Ndong Ngoua - dans Politique
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