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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 11:10

De la Conférence nationale souveraine : un leurre politique

 

          Au début du mois de juillet 2012, le protocole d’Etat annonce officiellement la visite du président de la République, chef de l’Etat, Ali BONGO ONDIMBA à Paris (France). A l’Elysée où il est reçu par son homologue français François HOLLANDE le 5 juillet, cette visite du numéro un (1) gabonais jetait ainsi les bases d’une coopération rénovée entre le Gabon et la France, à en croire L’Union du même jour. Cependant, profitant de cette circonstance politique, l’aréopage de l’opposition gabonaise groupé autour de l’ex Union Nationale (UN) s’est invité dans la capitale française. Zacharie MYBOTO, Jean EYEGHE NDONG et consorts ont tenté de créer une dynamique unitaire autour du truculent André MBA OBAME pour faire pression sur Ali BONGO ONDIMBA, via la France, d’accepter l’idée d’une nouvelle Conférence nationale  censée aplanir le différend né de l’élection présidentielle contestée du mois d’août 2009. Un véritable leurre politique.

         Un air du déjà

         La Conférence nationale fut sans doute une idée originale introduite en Afrique en 1990. Cette idée est venue enrichir le vocabulaire juridique et politique du continent. Organisée à l’image des Etats Généraux (France), la première d’entre-elle, celle du Bénin a vite fait école et créé des émules. Au Gabon où ces Assises se tiennent du 23 mars au 19 avril 1990, après l’échec du RSDG annoncé par Omar BONGO le 23 février 1990 et le rejet de l’idée de l’Union pour la Majorité Présidentielle du Gabon (UMPG), son comité préparatoire est composé et piloté essentiellement par des hiérarques du système P.D.G. (Parti Démocratique Gabonais), notamment Georges RAWIRI, Zacharie MYBOTO, etc. Durant près d’un mois, les participants à cette rencontre inédite se sont exprimés librement, chacun avec son style. Qu’ont-ils (ces acteurs de 1990) réellement oublié et qui aujourd’hui nécessite la convocation de nouvelles Assises nationales et réunissant l’ensemble de la classe politique et civile gabonaises ?

        Certes, pouvons-nous convenir que le fonctionnement de la démocratie est comme une marche faite dans une rivière caillouteuse, et qu’après une distance considérée, il est important de s’arrêter pour faire le point. Aussi est-il possible de l’assimiler à une maison habitable construite dans les normes et qu’on ne peut démolir sous un prétexte fallacieux, mais dont on doit apporter des ajustements utiles afin de la rendre encore plus belle. En un mot, la démocratie est poreuse, puisqu’elle reste avant tout le produit d’une œuvre humaine, avec tous ses manquements. Seulement, ceux qui aujourd’hui deviennent des hérauts d’une nouvelle Conférence nationale se sont pourtant assis, vingt années durant lorsqu’ils étaient dépositaires de l’autorité de l’Etat, sur le calendrier à adopter permettant de corriger progressivement les apories de cette démocratie, selon les recommandations de 1990. Cela revient tout simplement à dire que lorsqu’on est au cœur du pouvoir, on ne pense pas à le décentraliser. Mais cette idée habite les uns et les autres une fois qu’on se retrouve en dehors de celui-ci.

        Ainsi, il est de notre avis que l’organisation d’une nouvelle Conférence nationale dite souveraine parait inutile. En effet, le principe même de la souveraineté exige que soit associées toutes les sensibilités sociales et politiques autour d’une question fondamentale portant la marque d’une préoccupation communément partagée et dans laquelle le peuple émet réellement son orientation, son avis. Or, ce à quoi nous assistons aujourd’hui et qui peut se traduire dans les prochains jours si d’aventure cette option est retenue par le « Haut », c’est un jeu de « ping pong » élitiste où la camaraderie universitaire, régionale, ethnique voire fraternelle pourrait se retrouver et prendre le dessus sur l’ordre du jour indiqué. Ceci donnerait nécessairement droit à une nouvelle redistribution hégémonique des richesses nationales au grand dam des couches populaires. En un mot parce que ceux d’en haut, les « Aristois » sont conscients du poids de leurs capitaux culturels et décisionnels contrairement à ceux d’en bas, les « Kakois » qui en sont faiblement dotés.

La voie du compromis et du consensus

          Depuis près de deux mois déjà, une certaine presse et des discussions sur l’espace public serinent nos oreilles sur la tenue prochaine d’une nouvelle Conférence nationale souveraine. Des affiches placardées à cet effet à travers la ville font même mention de ce qui suit : « Le peuple gabonais dit oui à la Conférence nationale souveraine ». Mais de quel peuple s’agit-il ? Et comment s’est-il prononcé en faveur d’une telle décision, sachant que celle-ci ne peut découler, entre autres, que par un vote populaire appelé référendum ? Que des balivernes. Pourtant, ce ne sont ni les occasions (pour se retrouver), ni les sujets (à débattre ensemble) encore moins les moyens (pour les régler) qui manquent. Mais hélas ! L’espace public gabonais vit alors une espèce de « paraplégie politique » où ses acteurs sont tranchés de part et d’autre par une ligne imaginaire séparant les « Bons » (opposition) d’un côté et de l’autre les « Mauvais » (majorité-pouvoir), et vice-versa. Là, on retrouve toute la profondeur de cette expression culturelle : « tout ce qui commence tordu [avec les échecs du RSDG et de l’UMPG de 1990] finit toujours tordu ».

          Au Rassemblement Pour le Gabon (R.P.G.) par exemple, cette idée de Conférence nationale ne fait aucun bruit de couloir. Comme en 1990 où son leader s’est démarqué par sa pugnacité et par son approbation aux cadres précités comme passerelle d’apprentissage et d’acquisition des codes et des outils utiles au fonctionnement de la démocratie, ce dernier invite par ailleurs les uns et les autres depuis 1996-1997 à la matérialisation d’un concept politique qui favorise à faire des compromis vers le haut en rassemblant les talents de tous les bords politiques et de la société civile au bénéfice de l’intérêt général : c’est la politique de la convivialité. Ce concept se définit comme « le vivre ensemble, entendu par là une organisation partagée de la responsabilité publique et la protection du patrimoine culturel commun ». A la suite de ce concept, d’autres ont été également mis sur l’espace public et contribuant eux-aussi à appeler les Gabonaises et les Gabonais à se retrouver et parler ensemble. Entre autres, nous avons : La majorité de partage qui exclut celle dite Façon-façon, Faire du Gabon une République, Le collégialisme, ou encore le texte sur l’EKAMA de novembre 2011 pour ne citer que ceux-là. Tous ces écrits, disponibles au siège du parti sis à Petit-Paris, traduisent avec justesse l’option politique du Rassemblement Pour le Gabon (R.P.G.) et surtout militent en faveur des rencontres permanentes des Gabonais, et/où des problèmes posés doivent se régler de façon consensuelle et non arbitraire ou sectaire. La démarche préconisée ici par le R.P.G. permettrait de faire régulièrement des synthèses de vues aussi bien celles des Illustres que celles des Humbles, en donnant de la voix à chacun. Le présent cadre de travail ambitionne donc de négocier et de discuter sereinement autour d’une table sans en avoir honte et peur de l’Autre, de poser librement des questions, de susciter l’entente sans en être dupe, et de proposer des orientations avec la certitude de dégager des consensus. De même cette approche permet-elle d’éviter, encore une fois de plus, le malentendu permanant qui caractérise l’histoire politique du Gabon, et relevé par Paul MBA ABESSOLE dans son opuscule d’avril 2007.

          Ainsi au R.P.G., on retient que voir au-delà de ses lignes est une attitude politique normale qui permet de faire le rassemblement de toutes les idées capables de donner une dynamique pour le développement durable du Gabon. Puisque les problèmes posés sont connus de tout le monde et rien n’a changé depuis 1990, malgré le rappel contenu dans les Accords de Paris de 1994. Ces problèmes sont : le chômage, le pouvoir d’achat, la vie chère, la pandémie du Sida, des questions scolaire et universitaire, la problématique de l’eau potable et son corolaire d’électrification des villes et villages, l’habitat, la route, etc. En revanche, les Gabonais ont plutôt besoin aujourd’hui des décisions justes, équitables et fortes qui subvertissent positivement leur quotidien. L’une des voies pour y arriver se trouve entre les mains d’Ali BONGO ONDIMBA qui, chargé des pouvoirs que lui confère la Constitution, peut créer dans sa politique de l’Emergence, un cadre propice dans lequel peuvent s’inviter ceux et celles capables de faire des compromis vertueux et réglant de façon consensuelle et permanente l’essentiel des problèmes du Gabon.

 

Pascal NDONG NGOUA

Administrateur à la Refondation

Docteur en sciences politiques

 

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Pascal Ndong Ngoua - dans Politique
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